Qui sont nos contemporains ?
En matière d’écriture hypertextuelle, que peut encore signifier « le temps du lecteur » ?
Ce ne peut être l’équivalent de l’instant présent, du jour même, car on entre pas dans un fragment hypertextuel mis en ligne, un objet textué numérique de la même manière que l’on entre dans un livre ou une fiction audiovisuelle : il faut un certain temps pour qu’un texte inséré dans la Base acquière un sens complet, une signification véritable aux yeux de l’auteur et de ses correspondants ; et plus longtemps encore pour qu’il rencontre des lecteurs clairvoyants.
A cette distance de premier abord s’ajoute celle des traductions – la langue la plus utilisée sur le Réseau est évidemment l’anglais – qui, parce qu’elles impliquent bien souvent une interprétation préalable des textes, viennent ou trop tôt ou trop tard.
Ces malentendus, ces retards, ces incompréhensions – si troublants à l’ère de la communication instantanée – me conduisent souvent à prendre « contemporain » dans son premier sens de « avec le même temps que… », « qui est du même temps que… ».
Mais quels sont les lecteurs qui sont alors du même temps que les autres ?
Comment les définir sans les placer dans un même temps vide qui sera celui de la chronologie extérieure des jours et des heures ?
Déjà Carnap ou Wittgenstein sont-ils les véritables contemporains de Heidegger ou de Paul Valéry ?




















