Ce titre n’est pas un titre
Quelle que soit sa forme grammaticale ou syntaxique, le titre d’un texte dans un site ou sur un blog fonctionne comme son nom propre. C’est, dirons-nous, la loi du genre.
Pour développer l’arborescence d’un site, il faut des titres, des parties bien identifiées, des sous-parties balisées à propos desquelles aucune ambiguïté n’existe. Un peu comme dans un livre ; mais sous certains aspects davantage que dans un livre : non seulement le titre fournit au texte qu’il désigne son identité mais il lui permet désormais d’être référencé, classé ; à savoir retrouvé sur les principaux moteurs de recherche, communiqué à ceux qui souhaitent y avoir accès par la mention des balises correspondantes. Inscrit à part le texte mais à l’intérieur de son espace, le titre singularise le texte ; et comme tout nom propre permet à chacun d’en parler, de le commenter dans sa dimension virtuelle ou actualisée. Sans titre, nous sommes incapables de rendre un texte contextuel et a fortiori hyper-textuel ; nous nous révélons incapables de distinguer extérieurement un texte d’un autre. Le titre d’un post dans la Base, plus encore que l’attribution à un nom propre d’auteur sur Internet, devient l’opérateur principal de la normalité et de la légalité des contenus.
Or ce statut est très ambigu : en nommant le texte qu’il intitule, le titre fait partie de la textualité désignée tout en s’en tenant rigoureusement à part (essentiellement pour des raisons pratiques de référencement et de désignation informatique). Il le coupe en deux au sens propre. Le titre se détache du texte qu’il désigne, comme tout nom propre par rapport à la personne à qui il appartient, tout en maintenant fermement sa participation à son intégrité. Il est, dans la mesure où il habilement taggé pour le référencement, l’opérateur et l’opéré à la fois. Il est la loi comme l’illégalité obligée dans le même mouvement. De sorte qu’il participe des textes qu’il s’agit de lier entre eux comme il s’en émancipe.
Le titre sur les réseaux qui le propose à la lecture, agit finalement comme un acronyme. Il est d’essence hypertextuel dans son fonctionnement. Plus que jamais, il révèle la structure essentiellement duale de toute textualité. Sa structure clivée implique que la loi de désignation qu’elle représente se fasse hors du contexte légal de cette loi, dans un moment où le titre se fait hors la loi du genre, hors de lui-même et qu’il en reste dessaisi.




















