Ego cogito
Le nom propre est en principe un désignateur rigide, indifférent aux modifications physiques, psychologiques ou fonctionnelles de son porteur (Kripke).
Mais à quoi correspond ce désignateur lorsque celui tient au jour le jour une activité d’écriture hypertextuelle et qu’il tient son journal comme s’il en vivait ?
La distance qui sépare l’énonciateur de la seule vie courante de cet énonciateur fait que l’acte d’écrire est habituellement différent de l’acte de vivre, exister et avoir des activités de la vie de tous les jours fort distinctes de l’écriture en acte.
Tout exercice de pensée au quotidien éprouve nécessairement cet écart, sachant au moins que la vie active s’interrompt au moment où commence la séance journalière d’écriture.
Le seul mode où les deux instances puissent se confondre est celui du monologue intérieur continué, monologue in actu où l’auteur simultanément agit et décrit son action ; mais on sait bien que ce type de discours ne correspond à aucune conduite réelle, et qu’il convient au commentaire autodiégétique d’un personnage jouant un rôle au cinéma…
A l’exception peut-être de ce monologue intérieur minimaliste, épuré de toute action physique, et même de tout autre contenu de pensée, qui s’énonce je crois :
Ego cogito.
Or même dans ce cas cogito signifie moins « Je pense » que « Je dis que je pense » ; et celui qui dit n’est peut-être pas tout à fait alors celui qui pense.
Il nous faut donc pour aboutir à cette invraisemblable coïncidence une écriture en perpétuel devenir, métabologique… Encore qu’il faudrait dans ce cas faire varier sans arrêt le nom propre, le désignateur ultime capable d’écrire tout ce texte au moment où il vit.














