Technologie des objets textués
Nous savons maintenant que toute forme de connaissance, de savoir ou d'idéalité suppose nécessairement l'intervention d'une technique, d'une instrumentation - ne serait-ce que dans l'établissement de nos démonstrations théoriques les plus abstraites... Le texte est cet objet littéral qui refuse a priori cette instrumentation. C’est un objet qui inhibe totalement le support par lequel il existe. Il fait de sa consistance une conformité supposée parfaite avec l’idéalité qu’il présente. L’hypertexte non seulement admet la part de technicité qui le compose mais, de plus, en fait un enjeu de nature et de littéralité partagée. Les nouvelles technologies de l’Idée (au-delà du texte, du livre et des bibliothèques qui structuraient les anciennes) conduisent aujourd’hui à une instrumentation toujours plus poussée des hypertextes. Les scripteurs dépendent de systèmes d’informations et de Content Management qui ont un pouvoir cognitif anonyme démesuré. L’Idée n’a plus de valeur d’usage. Elle cesse d’être à elle-même sa propre fin. Mais sa nouvelle valeur d’échange n’est pas pour autant foncièrement corrompue. Elle comprend simplement la considération que tout idéalité (y compris mathématique ou logique) n’a pas d’existence sans milieu matériel et scriptural pour la porter. C’est précisément dans la mesure où l’Idéalité n’est idéelle qu’à la condition de son partage que sa nouvelle valeur d’usage se transforme: qu’elle reprend son devenir-ensemble dans une communauté enfin prête à la discuter.















