Une tragédie compose nécessairement avec l’inéluctable malheur…
Mettons les choses au clair. Le tragique n’est pas seulement la caractérisation d’un événement malheureux qui survient de manière intempestive dans nos existences. Il ne s'agit pas seulement d'une expérience au même titre que la souffrance, la maladie ou le malheur qui affectent nos vies. C’est surtout pour nous, occidentaux, une forme originale d’expression à laquelle notre culture a donné une forme esthétique tout à fait surprenante et unique. La plupart des cultures ont exprimé la violence et le malheur qui s'ensuit. Dire la souffrance et le mal est certainement un invariant anthropologique important. Mais aucune n’a espéré donner à ces expressions une forme universelle et totalement codifiée: les érudits du moyen-âge et les arabes s'étonnaient d'ailleurs de l'existence d'un genre aussi curieux...
Dans une tragédie d'un genre classique, on a coutume de dire que le hasard n'existe pas...
Prenons le cas des tragédies de Racine; dans ces oeuvres classiques, le dénouement, même s’il est surprenant, ne doit certes rien au hasard: au contraire, le dénouement pour être parfait doit être nécessaire, complet. Ce qui signifie: proscrire toute intervention du hasard pour n’être que le résultat logique de la situation. En ce sens, le tragique sait toujours à quoi s’en tenir. En conséquence, il n’est pas question de tenter une quelconque redéfinition du phénomène tragique à partir de la prise en compte du contingent ou de l'aléatoire... Toutefois que serait une tragédie qui ne laisserait aucune part à la péripétie ? D'autre part, faire intervenir le hasard dans un drame et accorder sa part à l'inattendu sont deux choses totalement différentes. Racine a lui même rapidement évolué sur ces sujets pour donner de nouveau plus de « suspense » à ses pièces; disons à partir des Plaideurs. Dans ses pièces suivantes , Bérénice par exemple, le dénouement est très rapide et imprévu. Bérénice ne prend la décision qui dénoue contre toute attente la situation tragique que dans les derniers vers du drame… Si sa décision paraît inattendue - au même titre que celle d'Octave accordant son pardon contre toute attente dans "Cinna" chez Corneille, pour autant elle ne relève en rien du simple hasard...






















