La virtualité ne s'oppose en aucune façon à la réalité mais à l'actualité. Le couple virtuel/actuel ne se confond pas davantage avec celui de la possibilité/réalité qui ordonne pour sa part les questions relatives à la modalité. Le virtuel - qui concentre universellement en lui toutes les qualités, la virtu de l'objet virtuel, y compris même celle de sa réalité - ne correspond en rien au possible ou tout état potentiel, contingent ou général qui semble insidieusement l'approcher dans sa définition.
Dans un hypertexte par exemple, les images se transformant à l’écran actualisent un certain nombre de possibles qui entrent dans la catégorie du programmable. Elles ne deviennent virtuelles qu’à partir du moment où elles viennent surprendre, voire contrefaire l’ordre codique de l’hypertexte. D’actualisation des possibles dans la pleine réalité de leur enregistrement codé du programme, certaines images virtualisent soudain une processualité qui n’avait pas été prévue dans la Base de données. Inimaginables, et donc impossibles à faire apparaitre dans la suite normalisée de la Solution. Elles apparaissent singulièrement comme des images-souvenirs venues de nulle part, venue de topoï renvoyant précisément à l’ordre d’une certaine virtualité des effets.
Le mouvement des écrans se succédant cesse d’être simplement translationnel. Il devient mouvement d’expression pour l’hypertexte tout entier. Il est rapporté à un moment hautement privilégié et survalorisé de l’expression. Au contraire des déplacements banalisés des images multimédias qui actualisent à l’inverse leur sens et leur signification à des instants quelconques de leur manifestation.
L’image virtuelle est donc a priori une image impossible. Mais dans la mesure où l'image en temps réel de l'objet prend le pas sur la chose représentée, sa manifestation devient pensable - en admettant que sa simple possibilité, de toute manière, passe l’imagination. La manifestation de l’image virtuelle, qui n’ a rien d’artificiel, de faux ou de construit, se laisse donc approcher à partir d’un présupposé fondamental : à partir du moment où nous ne sommes plus tenus de choisir entre ce qui se conçoit possiblement dans l’hypertexte (tout ce qui est potentiellement actualisable) et ce qui, de toute façon, reste hors l’imagination - ce qui se présente comme virtuel et impossible à imaginer comme type d’image manifestable.
Lorsque l’image virtuelle parait (dans la mesure où elle peut venir à exister…), sa présentation dans le temps présent renvoie au même moment à une sorte de passé paradoxalement tout à fait contemporain de sa manifestation. Il y a toujours comme un air de déjà-vu, de déjà-vécu dans le soudain de l’image qui vient à nous surprendre. Et sa pure virtualité ne semble pas devoir être actualisée dans la mesure où cette image-souvenir se confond avec l’image présente actuelle. Elle ne relève pas d’un certain état psychologique de celui qui la regarde devant l’écran mais de la seule dimension temporale qui la caractérise dans son inattendu.
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Jean-Philippe Pastor




















