[...] Les théories qui soutiennent l'existence d'une distinction stricte et définitive entre fiction et réalité, sont généralement celles qui pensent la référence sur le modèle d'une correspondance des mots avec le monde, étrangère à toute espèce de convention. Nous touchons là à la racine de la grande partition contemporaine et promise à un grand avenir de la Fiction et Non-fiction Hypertextuality chez les anglo-saxons (Pire chez Easgate l'Entertainement d'un côté et le Serious Hypertext de l'autre).
Pourtant, une grande part de ce que nous connaissons ou croyons connaître dépend de sources indirectes, de croyances, de désirs, de pratiques socialisées, dont, à mon sens, les fictions sont partie prenante. Il me semble peu justifié de retirer aux fictions toute prétention référentielle pour la seule raison qu'elles contiennent des éléments non-référentiels. Elles ont, j'en suis convaincue, une fonction cognitive fondamentale.
Mais la question de savoir comment elles produisent leur effet a intérêt, je crois, à être analysée autrement que selon l'opposition classique entre réalité et fiction. A les distinguer trop strictement, nous courons le risque de neutraliser les effets de la fiction. Je pense que nous rendrions mieux justice aussi bien à " l'effet de fiction " qu'aux « effets de la fiction, si nous considérions que celle-ci prend place dans notre réalité en la " possibilisant".
J'envisage les fictions littéraires comme des sortes de laboratoires où les possibles sont expérimentés, ou, plus exactement, comme des expériences de pensée. Ceci implique d'une part, d'étudier le fonctionnement spécifique de ces dispositifs de connaissance particuliers; d'autre part, de prendre la mesure du rôle de la lecture, dans ces expérimentations.
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Jean-Philippe Pastor






















