" Vivre à l'époque d'une phase radicale de notre Histoire consisterait à adopter une position paradoxalement inobservable,
impossible dans sa forme comme dans son fond "...
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Chez Kant déjà, l'idée de Principe tire son essence du fait qu'il estune certaine position dans le temps etune certaine mise en ordre du temps.Après lui, c'est-à-direpour les modernes, ce n'est plus seulement le principe maisl'être tout entierqui devient véritablementl'essence du temps.
C'est ce que Hegel montre dans saPhénoménologie.Il consacre par ce geste le triomphe d'un certain humanisme, avant Feuerbach:il affronte la question du tempsau lieu de chercher à s'en débarasser comme la tradition métaphysique cherche à le faire depuis des siècles.
Cependant, dès que l'attitude moderne (re)devient critique (ou bien délibérément évitée), alors il semble que la position de principe concernant l'ontologie s'inverse:c'est le temps qui devient l'essence de l'être(comme chez Heidegger)et non l'inverse. Dès lors, la position humaniste n'est plus acceptée. Le tour anthropologique de la philosophie disparaît pour faire naître un certainattentisme(l'attente d'un nouveau rapport du daseinà l'Être de l'étant), suspens qui peut frôler à la passivité ou la contemplation... Le temps devientsolaireen matière de philosophie, paralysant la réflexion et s'en retournant de nouveau à la métaphysique inversée.
Il est vrai qu'il n'est plus demoralechez Heidegger. L'action n'est plus traitée comme une question philosophique à part entière. Alors qu'Hegel a ouvertement le mérite de pousser ses contemporains à agir...
L'ordre de l'hypertexte n'est pas en-soi celui de la succession temporelle de la lecture ou de l'écriture.
Tous ces temps du Texte se rencontrent et nient même le plus souvent le principe de succession qui structure le livre numérique en-ligne. La considération de l'Hypertexte doit alors prendre en compte l'absence de temps, l'achronie de son objet tout autant que son inscription dans un ou plusieurs temps de lecture. L'Hypertexte figure le hors-temps, tandis qu'il est possible de le penser selon des modes qui excluent ou rendent impertinentes les catégories temporelles elles-mêmes.
En d'autres termes, on se demande s'il n'est pas possible de trouver dans les textes de la Base de données la représentation de cadres achroniques qui serviraient en retour à penser l'hypertexte en faisant l'économie des catégories temporelles tout court.
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Composer une page-hypertexte révèle le lien ténu qui existe entre la forme présente de la page sur écran (avec la volonté parfaite de la mise en page optimale, tant du point de vue du sens que des signes employés pour la construire) et, parallèlement, tous les moyens mis à disposition du lecteur pour la détruire, la faire disparaître - ne serait-ce que par le nombre de liens mis en place qui permettent de quitter la page...
Dans l'écriture hypertextuelle, nous sommes à tout instant confrontés à une structure différenciée de toute forme apparaissant
à l'écran: celle qui consiste à prendre en compte sa présence relative
au même titre que sa disparition supposée, son identité provisoire comme sa transformation imminente...
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J’envoie maintenant sur le réseau plus de 5000 textels continument rédigés en un Grand Livre Disséminé, soit donc des milliers de textes et lexies travaillés, puis réécrits avec pour unité centrale leur port d’attache, l’Hypertexte Principal qui les lie et les structure.
Ce qui m’intéresse dans cet exercice a priori arbitraire, c’est essentiellement l’organisation générale que tous ces textes créent spontanément sur le réseau au fil du temps. Non seulement comment il faut s’y prendre pour les rédiger mais aussi comment ils interagissent entre eux après envoi sur plusieurs années, comment ils transforment leur dissémination en une vaste opération d’écriture qui consiste principalement
dans la rédaction puis l’envoi des textels, avec toute la mise au point de la rhétorique qui s’y attache ; c’est-à-dire par l’emploi des traitements de texte et différents applicatifs, robots, logiciels, bases de données (MySQL) qui les activent et font partie de l’acte d’écriture au même titre que la supposée « mise au point rédactionnelle initiale ».
· dans la mise en relation de ces textels entre eux par la création continue d’hyperliens qui les tiennent ensemble - même si chacun de ces textels, au moment où ils sont lus, ne se situent absolument pas sur les mêmes supports de lecture (e-mails, blogs, sites institutionnels, newsletters, articles de presse, Livres-papier, ebooks, lecteurs de flux RSS , Google Reader, Netvibes, etc. ) les mêmes réseaux sociaux (Digg, Twitter, Facebook, FriendFeed, Delicious, … ), les mêmes applicatifs de lecture ( MS Reader, Mobipocket, EPub, Stanza, Adobe,..) qui les déchiffrent…
· Enfin dans la reprise et la modification incessante de leur ré-écriture, renouvelant leur sens selon le contexte et les préparant de nouveau à leur r-envoi dans un système d’écriture complexe, (de fait, pour qu’un textel soit proposé à la réécriture dans le Content Provider de la solution, il doit respecter un certain nombre de critères retenus par le Logiciel comme par exemple le nombre de critiques et de trackbacks auxquels il a été soumis, le temps qui le sépare de son dernier r-envoi, le nombre de liens qu’il a crée avec d’autres textels sur le réseau etc.)
Ce Cercle des textels obéit bientôt à un certain nombre de principes dont il est nécessaire de découvrir l’Axiomatique afin d’atteindre une mise en œuvre optimale du système. Ce n’est pas le lieu de développer ici en quoi cette Axiomatique consiste (voir son contenu développé dans l’Hypertexte Principal) ; mais il est utile d’en rappeler les principales thématiques pour se faire une idée de la forme qu’elle prend.
Ainsi, un de ces principes fondamentaux au sujet du Cercle consiste à interroger le sens que l’on attribue à la lecture en ligne dans le cadre renouvelé d’une rhétorique de l’hypertexte : afin de pouvoir lire un textel dans toute la rigueur de son contenu, puis le lier à tous les autres de façon panoptique, il apparait qu’il faut être à la fois dans son texte et dans un autre, sortir de soi et de la page occurrente pour pouvoir y regarder adéquatement; comme par un mouvement de réflexion dans la construction progressive de la lecture en cours. L'Hypertexte n'est Texte (dans la stricte idéalité du Livre impossible auquel il aspire) que dans la différence qui se créée entre les textels se liant progressivement entre eux. Cependant, le Texte Général ne peut rester à la disposition d'une lecture cohérente des textels sans nécessairement s'inscrire dans un texte précis, un fragment choisi parmi tous les autres possibles…
Pour qu'il y ait liaison effective du Texte Général en une Idéalité d’une lecture cohérente qui lui corresponde (c’est-à-dire couture des différents textels en un Hypertexte significatif), il faut donc deux choses à la fois :
·à savoir séparation du Texte, coupure et fragmentation raisonnée dans la dissémination qui s’ensuit ;
·et d’autre part, dans le même mouvement, liaison collaborative des contenus dispersés, hyper-textualisation optimale des textels dans une Base commune.
Il y a d'un côté la nécessité du Cercle de la lecture compréhensive du Texte sur le réseau - et simultanément brisure de ce même Cercle des textels disséminés sur le net.
L'Hypertextualité doit pouvoir se réaliser dans l'Idéalité d’un Texte général ainsi créé.
L’Idéalité, c’est-à-dire le « Livre irréalisé » au sens de Mallarmé, le Texte complet doit pouvoir être visé. Pour établir une Idéalité de ce Livre fantasmé, on devrait pouvoir disposer d’un Texte unique et non pas d’un seul textel possible parmi tant d’autres. Le Texte, pour être idéal, devrait pouvoir se passer de tout calcul des possibles dans la signification qu’il recouvre.
Cependant, en établissant de cette façon-là les conditions de possibilité du Texte ou de l’Idéalité convoitée, en leur posant la question du signifié ultime qu’elles convoient, on les condamne ce faisant à se constituer dans les seules possibilités du langage, c’est-à-dire à s’exprimer comme des possibles parmi tous les autres.
L’a priori des liens créés entre deux textels définit déjà quelque chose d’essentiel dans le Texte conjoint ainsi créé : il crée une espèce de tautologie dans la signification ; mais une tautologie qui consiste en ceci que la pertinence du lien est à chaque fois remise en cause en vue de sa transformation. Si bien que la vérité de la tautologie elle-même reste sans cesse interrogée et susceptible d’être remise en question en une vaste métabole.
La Ronde des textels se constitue dans sa circularité dans et par la brisure de la Figure métabolique qu’elle dessine.
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La déconstruction avance que la détermination d’un événement à venir, situé au-delà des mesures ordinaires de ce que l’on sait, finira par régler par le haut ce qui vient.
C’est une manière de penser qui admet donc l’excès sur ce qui est, mais comme effet transitoire d’une ignorance relative et circonstancielle d’une multiplicité « suprême » qui, selon elle, finira par advenir. Elle n’admet donc pas l’excès comme une des lois métabologiques majeures de ce qui vient; elle en espère toujours une langue philosophique complète, tout en admettant qu’aujourd’hui nous n’en disposons pas encore (elle est même prête à admettre cette situation comme structurelle).
C’est donc une pensée pseudo-prophétique mais qui confond encore beaucoup de choses sous les mêmes vocables. La déconstructionne sépare pas encore l'imprévisible, l'inanticipable, l'imprévu ou bien encore l'improbable avec l'inattendu...
Certes, elle sépare le hasard de ce que l'on attend pas, de ce que l'on attend plus. Et ceci da la mesure où, à raison, elle n'accepte plus d'opposer métaphysiquement la contingence et la nécessité. En ce sens, elle comprend totalement l'événement comme une chose à l'expérience de laquelle on est jamais préparé: l'événement vrai est sans équivalent et n'accepte pas de limites performatives à son événementialité.
Or il s’agit maintenant d’admettre l’excès comme type d’être de toute vérité envisageable. A la manière de Castoriadis par exemple et sa logique des magmas. Et poser cet excès comme conceptuellement déterminable (!). Comme il résulte de cette attitude que toute vérité est nécessairement la visée d’une activité infinie qui dépend prioritairement d’un événement inattendu, on peut admettre que la pensée excédante est, au sens plein, une pensée que je dirais désormais engagée.
Ce qu’incontestablement Castoriadis revendique au titre de sa pensée de l’Autonomie politique…
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B.P L'imprévu joue donc un rôle indéniable dans une tragédie. Mais lequel ?
jpp - Paradoxalement, le tragique enchaîne les événements successifs de manière à la fois totalement machinale et absolument incontrôlée. C'est cette mécanique, cette machine et les enchaînements qu'elle produit qui paraissent à un moment ou à un autre étonnants. C'est bien le redoublement du dispositif machinal et du caractère implacable de son exercice qui crée l'inattendu...
B.P. Peux-tu approfondir ce paradoxe du "redoublement" dont tu parles?
jpp - En un mot, et pour le dire rapidement, le fait que "les choses se passent totalement comme prévues" reste une occurrence excessivement rare et surprenante dans l'imaginaire de la plupart des sociétés. Et lorsque cette occurrence survient, elle prend le plus souvent un tour nécessairement dramatique. Cependant, la pensée inverse est tout aussi confondante: le fait que la plupart des cas rien n'arrive comme on devait s'y attendre est un lieu commun de la pensée des anciens... c'est une sorte d'évidence à laquelle les anciens souscrivent sans l'ombre d'une difficulté. Ce "truisme" va beaucoup moins de soi pour les sociétés historiques et les modernes que nous sommes encore.
B.P. L’évocation du « tragique » en Grèce ancienne vérifie-t-elle cette "loi"?
jpp - Dans les textes qui composent le deuxième livre de Devenir et temporalité, j’aborde effectivement le traitement de cette question chez les Grecs anciens. Pour les Grecs comme pour les autres humains, il arrive toujours un moment où un impondérable survient, un « soudain » qui fait qu’il faut souvent faire son deuil de ses projets initiaux… pour en imaginer d’autres. J’ai voulu confronté notre manière contemporaine d'affronter ce constat avec celle qu'adoptaient les Anciens. Et pas seulement en Grèce ancienne; le fait que pour les hommes rien ne se passe finalement comme prévu est effectivement une condition fondamentale du cours de l’existence. C’est un existential avec lequel Heidegger par exemple n’a pas assez compté. Et partant, toute son analytique négocie avec ce constat: l'intérêt qu'il porte de manière croissante à L'événement, l'Ereignis dans ses oeuvres tardives le montre suffisamment.
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B.P. Selon toi, l’unité du genre tragique tiendrait son unité d’un élément
qu’on peut dire tout à fait inconnu du genre épique ou du récit
mythologique…
J.P.P - La phase tragique de l’art poétique se concentre peu à peu sur la structure de l’action, c’est sûr. Ce que l’épopée méconnaît en son fond. Elle en reste à la restitution des aristea, histoires remarquables que les générations se transmettent depuis des temps immémoriaux; mais
sans présager toutefois des cas qui dépasseraient la sphère
circonscrite du possible narratif.
Nous pouvons par conséquent évaluer en quel sens ce pressentiment de l’Inouï - c’est-à-dire du destin aveugle qui ne commande même pas aux dieux - organise la structure narrative de l’œuvre tragique dans son fondement le plus authentique.
Que le devenir tragique tienne sa cohérence interne du seul destin authentique
- et non pas seulement de l’attente angoissée d’une possible
providence, de l’actualisation d’un plan pré-établi ou de l’espoir en
une bonne fortune à la manière épique, c’est ce que les Grecs du Vème siècle expérimentent pour la première fois au-delà de ce que le mythe imagine. C’est d’ailleurs ce caractère de dépassement, hors normes, qui donne au drame son unité et provoque la frayeur qui selon Aristote, avec la pitié, caractérise l’action dramatique au sens de la tragédie antique.
B.P C’est
sans doute la raison pour laquelle tu dis que le "merveilleux" intervient
si intensément chez les tragiques Grecs; qu’il donne lieu à une
théâtralisation de ce qui arrive, au tragique en somme. Ce
n’est pas une simple rémanence de l’imaginaire mythique venant à mettre
en valeur la tragédie par ses récits les plus effrayants...
J.P.P - Les
anciens tragiques prennent d'emblée le parti du fabuleux et de
l’incommensurable; et avec eux les dispositions scéniques qui
correspondent. Le sujet du drame, son traitement, la manière de le
conduire et de le nouer, d’en imaginer le dénouement sans l’atteindre, tout enfin doit correspondre à la surprise inouïe qui vient d’elle-même confondre le spectateur et l’auteur avec lui.
Les tragiques grecs recherchent à dessein l’extraordinaire et le
merveilleux dans les malheurs et les passions; ils ne cherchent pas
comme nos réalisateurs contemporains ce qui doit rapprocher le plus
possible le public de ce qu’il imagine. C’est là une disposition
d’esprit tout à fait inverse à la notre. C’est la raison pour laquelle
nous, modernes, avons toujours tendance à réécrire la tragédie en y incluant
systématiquement une dimension parodique.
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Aristote, notamment dans sa Physique, met en concurrence deux conceptions de la forme (eidos), laquelle selon lui, et contrairement à Platon, ne peut se limiter à la forme-idée que l'académicien privilégie avant tout.
Cette autre forme-métabole(voir Livre V de la Phys.) est un trait qui rassemble sans les contraindre et les fixer, plusieurs modes de l'être-pour-le-changement. Heidegger dans Ce qu'est et comment se détermine la phùsis, insiste sur cet aspect des choses chez Aristote: l'aspect, la forme d'une chose ne doit souvent son identité qu'à un perpétuel changement, un forme en incessante modification.
Par conséquent, il y a bien dès le début de la Métaphysique occidentale une visée métabolique de la forme, même si elle est bientôt totalement inhibée. La forme, au-delà de l'Idée qui fixe l'essence d'une chose et sa définition, désigne tout autant la procédure active de ce qui vient finalement à l'Idée, dans l'acte même de sa détermination finale.
S’il n’y a que des programmeurs face aux machines et du langage pour être produit, alors l’hypertexte en acte n’en est pas un.
Nous sommes alors dans la finitude des procédures de calcul, dans le web 2.0 où les corps se couplent aux artefacts et l’écriture se fait pure communication.
Or l’artefact comme la communication qui l’habite ont nécessairement besoin de se transformer pour consister. La forme technique et le contenu traité s’articulent sur la base d’une procédure de transformation qui génère la suite. De sorte qu’il y a autre chose que des programmeurs, des internautes et du langage sur les réseaux. Il y a comme disent les scientifiques, des vérités, c’est-à-dire des Idées – et une idée n’est ni un corps propre ou dérivé - l'Idée doit être comprise comme une force de dé-réalisation du donné, force de distanciation et de non-présentification, ouverture à ce qui n'est pas l'être-là) ni encore présent dans le langage (écrire en ligne déréalise le texte numérique en tant que langage).
Par la machine et par le texte, l'idée se fait active, praxéologique plutôt que théorique, psychologique ou contemplative. Là l'indétermination du subjectif et de l'objectif se tient dans le mouvement.
L'idée en activité de ré-actualisation et de synchronisation permanente s'ouvre à ce qui n'est pas encore écrit, à l'à-venir du texte, puissance d'interrogation, de surprise - par rapport à ce que l'on peut appréhender en deçà de l'horizon de ce qui se donne à écrire - et d'historique.
Afin de parvenir à une définition de la rhétorique de l’hypertexte qui tienne compte de son caractère indécidable (dans ce domaine, il n’est pas question de postuler la prépondérance de la dimension rhétorique du discours sur sa dimension logique et grammaticale – ni l’inverse), il faudrait ne pas distinguer par avance ce qui est de l’ordre du trope dans le texte et ce qui est de l’ordre du concept ou du commentaire raisonné.
Or, si cette indécidabilité en venait à être respectée à la lettre, elle se transmettrait derechef aux catégories employées à déchiffrer l’écriture dans toute sa généralité. Par un tel suspens, il ne serait plus possible de savoir précisément « de quoi on parle ».Il faut bien admettre que dans tous les cas de figures ( !), l’univocité reste la finalité ultime du langage : tout suspens concernant ce principe entraine la ruine dans la communication (Habermas).
Pourtant, ces oppositions entre figures et idéalités sont historiquement déterminées.
Il conviendrait logiquement de les interroger: le Livre, l’écriture-papier a depuis toujours survalorisé le grammatical et le syntaxique au détriment de la valeur rhétorique dans l’expression. L’idéal de la typographie noire sur les belles pages de la Collection Blanche est promu par la soustraction qui s’opère à propos des conditions rhétoriques qui favorisent la mise en valeur traditionnelle de l’Idéalité. Ces procédés font partie d’une séquence datée de l’Histoire de la pensée ; des procédés qui plongent leurs racines dans « une pensée métaphysique du texte », pensée la plus ancienne et la plus marquée en matière philosophique concernant le statut idéal et forclos de l’écriture.
Mais pour autant, il serait inadéquat d’avancer qu’il n’y a plus aujourd’hui de distinction possible entre traits rhétoriques et objets conceptuels dans « un textel numérique ». L’équivalence entre la figure employée dans l’écriture contemporaine et l’idée exprimée ne peut pas être sérieusement réalisée. Il s’agit donc de marquer une certaine séparation entre l’événement de la figure de style apparaissant sur l’écran et l’idéalité de son concept pour qu’il puisse y avoir ne serait-ce qu’une certaine conception possible de la rhétorique utilisée dans l’hypertexte. Ce dont il s’agit ici, c’est bien de comprendre la nouveauté qui se fait dans l’écriture lorsqu’une certaine articulation entre ces termes s’opère, même si cet ajointement entre tropes et concepts se reconnait comme incessamment déréglé (est-ce bien sérieux de vouloir « philosopher » sur le web, quelle pourrait être la valeur de vérité d’un textel rédigé dans un hypertexte en ligne etc. ?…).
Ce qui se montre toutefois, c’est qu’il n’y a pas d’oppositions radicales ni de coïncidences parfaites entre la tropologie, voire les mouvements hypertextuels des liens, et la rhétoricité générale du langage.
On pourrait même faire valoir qu’après la phase de numérisation forcenée appliquée à l’écriture contemporaine, il est désormais opportun de constater le devenir totalement tropique du langage sur les réseaux : dans ces conditions, il n’est plus d’aucune utilité d’opposer un sens propre au sens figuré d’un terme hypertextuel. Les métaphores qui envahissent l’intégralité de l’espace digital et viennent à le combler, finissent par disparaître. Tout comme les concepts dans les textels qui circulent et se disséminent sans fin dans les moteurs de recherche. Et cela même au moment où « images et vidéos » couvrent à satiété le champ de la mise en page des textes sur l’ensemble du réseau. Seule semble s’ordonner en définitive un effet de modification continue des textes sur l’écran ; un effet de métabolocité (changements successifs) des signes auquel nous sommes maintenant bien en peine de pouvoir fournir une définition adéquate…
Car cette définition possible de l’écriture par métaboles consécutives dans la progression du textel s’inscrivant à l’écran pose de nouveau les mêmes problèmes que ceux auparavant avancés par le concept supposé de métaphore dans un texte classique : à partir de quelle source et de quel endroit est-illégitime de fixer définitivement son concept ? La métabole est-elle de nouveau une Figure, une Idée, un Quasi-concept auquel il faudrait maintenant attacher un signifié irréductible ?
Comment peut-elle enfin produire son effet dans l’hypertexte hors du domaine circonscrit de la différence et de la répétition, figures classiquement convoquées dans l’élaboration du texte au sens classique ?
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Jean-Philippe Pastor: Jacques Derrida ou le prétexte dérobé / Moonstone << Le mercredi 10 février 1999 - Paris, 17 heures, heure à laquelle le séminaire de Jacques derrida commence au 105 Bd Raspail de l'EHESS - je me suis mis à lire un texte auquel le maître de cérémonie n'avait accordé aucun imprimatur... >>
Ce livre sur Castoriadis (Devenir et temporalité I) interroge les thématiques les plus reprises du grand philosophe, en s'efforçant d'assumer l'héritage de son maître livre " L'Institution Imaginaire de la Société".
La modernité radicale, telle qu'elle s'impose désormais à la communauté citoyenne mondialisée, inaugure pour nos contemporains une attitude tout à fait paradoxale... Télécharger:
Les anciens Grecs ont-ils développé une pensée du devenir (genesis, kinésis, métabole) capable d'interroger et de mettre en défaut l'ontologie traditionnelle jusqu'à Heidegger ? Télécharger:
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Hypertextual s'organise comme un Tout textuel dont l'unité dépend de plusieurs modalités littéraires. Ce sont les principes de fonctionnement de l'Hypertexte qui sont ici présentés. Télécharger: