L’axiomatique hypertextuelle n’est pas – ou pas encore, pas directement, un organon des sciences du langage, des textes et de la signification (calcul des prédicats etc.). Sa logique se rapproche pourtant des sciences algorithmiques et de la calculabilité qui ont considérablement élargi notre savoir sur la simulation des systèmes et nous renseigne désormais de manière décisive sur la sémantique des possibles et des éventualités dans une organisation complexe de l'écriture. Cette logique a déjà posé ses marques dans les sciences de la vie, de la physique ou de la chimie par l’intermédiaire de l’informatique et de la formalisation mathématique des programmes.
Or l’appréciation de la contingence dans le développement des programmes sur le réseau prend souvent l’allure d’un jugement rétrospectif sur des possibilités réalisées ou non, et particulièrement sur « ce qui aurait pu se produire. » Ces raisonnements utilisent l’irréel passé, que certains critiques appellent conditionnel contrefactuel, conditionnel dont le rôle dans la connaissance est très débattu et dont la métabologie s’efforcent de cerner et d’éclairer les enjeux.
Les biologistes sont les premiers à avoir utilisé ces outils conceptuels innovants (Stephen Jay Gould par exemple). Ils cherchent avant tout par ces simulations dans le domaine de l’ontogenèse à combattre de la sorte une philosophie nécessitariste qui voit dans l’évolution biologique un processus programmé et dans l’homme le terme évident de cette évolution dirigée… Cependant, le remplacement opportun des catégories de l’actuel (le programmable) et du virtuel (le non-formalisable) au regard de l’ancien système modal qui opposait traditionnellement le nécessaire (ce qui ne peut pas ne pas être) au contingent (ce qui aurait pu être autrement) a pour corollaire des problèmes de méthode et d’épistémologie considérables : qu’est-ce qui est logiquement valide sur le plan du savoir lorsqu’on considère d’autres mondes virtuels que le monde présentement actualisé pour prétendument mieux le connaître ? Qu’il soit imaginable de devoir recourir à du possible (une certaine forme de possible) pour démontrer l’actualité effective d’un phénomène observable pose un problème de rationalité manifeste. Le fait que la considération d’un possible non réalisé devienne indispensable à la caractérisation formelle d’un système expérimental entraîne-t-il que la prise en compte de l’autre monde possible (celui qui aurait pu être actualisé) permette de conclure sur la nature ontologiquement (métabologiquement) modale des processus à l’œuvre dans les systèmes complexes et le réseau ?
Au final, il s’agit ni plus ni moins de savoir si la connaissance objective déborde le domaine du catégorique et de l’assertorique et comprend ou non un aspect modal dans ses principes, si des catégories comme celles du possible dans la programmation et de l’inattendu dans les systèmes formels y ont utilement leur place.
L’axiomatique hypertextuelle qui s’efforce de codifier l’utilisation du langage dans la construction numérique des textes a pour préalable une exploration méthodique de ces questions : certains éclaircissements contenus dans la logique classique des modalités, ou plus récemment dans la sémantique linguistique sur les sens et les usages des termes de possibilité et de contingence, ne sont pas sans échos dans le langage des sciences au sens le plus général. Tester la pertinence de ces analogies entre la logique et la sémantique du possible, la contingence et l’imprévisibilité de l’évolution des systèmes doit rester notre constante préoccupation.
-------
Retrouvez ce post traité par huit algorithmes différents dans La métabole -
Rejoignez le journal de l'Hypertexte en anglais (posts du jour différents)
Connectez-vous sur hypertextual.net l'Hypertexte Principal de la Solution


























