MAKING SENSE Transcription du début de l'intervention jp.pastor le mercredi 21 octobre:
« ….Comment faire du sens aujourd’hui à l’Epoque à laquelle nous sommes, dans laquelle nous sommes, une époque qui est à de multiples égards une époque du Non-sens, non seulement du non-sens et de l’insensé comme il est très souvent rappelé mais aussi de l’a-sensé comme l’affirmait et le développait Castoriadis - l’a-sensé comme condition social-historique de notre existence contemporaine en quelque sorte... c’est-à-dire de ce qui fonctionne parce qu’il n’y a précisément pas de sens et qui finit presque par suspendre la notion même d’Epoque. N’y -a-t-il pas justement suspension de l’Epochè, soit donc un redoublement de la mise en suspens qui nous éloigne irrémédiablement de toute époque et de toute épochalité, c’est- à-dire de la possibilité de détachement/attachement par rapport à ce qui vient, ce qui arrive, à ce qui se passe - ainsi que Bernard Stiegler vient de le faire valoir - et dont le web, le réseau et maintenant les réseaux sociaux seraient le symbole, développerait le type de symbolique la plus appropriée ; puisque le web c’est ce lieu ou plutôt ce non-lieu où la Mémoire totale de tout ce que nous sommes, ce que nous faisons se concentre en un immense Non-sens dont Deleuze avait prophétisé autrefois toute l’univocité.
Alors disons que « faire du sens » c’est d'abord traditionnellement l’exprimer. Le représenter dans des œuvres, c’est écrire; écrire des textes au sens large, non pas seulement des textes scripturaux qui sont à lire par les seuls signes de la typographie habituelle, alphabétique mais des textes que nous employons au sens large de textes qui peuvent être des scénographies, des linéaments de Happening artistiques, des descriptions d’installations... mais en tout état de cause c’est avant tout écrire des textes, produire des objets textués, produire, faire advenir poétiquement, "poïétiquement" des objets textués de nature esthétique ou intellective. Il est frappant de voir à ce propos que dans la présentation d’Eternal Network d'hier matin, Remi Zaugg utilisait des textes, des objets textués qu’il avait mis au bord du lac de Blessey (j’aurais bien voulu savoir ce qui était écrit sur ces dalles verticales à même le lac, je ne sais pas si Anastasia Makridou est encore dans la salle pour nous le dire…)
Comment donc écrire des textes donc; avoir à faire avec la textualité aujourd’hui dès lors que celle-ci est irrémédiablement celle de la textualité en réseau, du réseau dans et par le réseau et qu’il faut bien d’une certaine façon s’en accommoder. L’époque elle est là d’une certaine manière
C’est-à-dire qui que nous soyons, des auteurs, des écrivants, des artistes, des plasticiens sonores ou picturaux, des praticiens de la chose esthétique ou intellective, nous sommes tous enjoints à une sorte de double-bind, une sorte de paradoxe extraordinairement difficile à saisir, à affronter, à un défi majeur et qui consiste
- soit donc à écrire d’une part sur les réseaux, sur le web et donc être considérer comme un écrivant s'exerçant à une sorte d’écriture seconde, voire secondaire (du Phèdre à la puissance n), à connaitre une sorte de nouveau redoublement non seulement de la parole dans l’écriture à la manière du Phèdre de Platon (Socrate avec le jeune Phèdre au bord de l’Illissos) mais à évoluer dans l'ombre d'une ombre de la véritable signification, du sens ultime qu'il s'agit d'exprimer
- Ou soit a contrario continuer à écrire et manipuler des textes de manière traditionnelle, classique, dans des livres, des liflets, des catalogues indexés d’exposition ou des monographies, dans des œuvres artistiques qui utilisent la transcription scripturale classique... mais alors, dans ce cas, on est non seulement taxé d’une certain passéisme ou d’une intellectualité vaine - intellectualité dont l’Epoque nous assène qu’elle en est définitivement revenue - mais nous sommes aussi confrontés à des problèmes éditoriaux pas possibles, au fait qu’aujourd’hui le livre est devenu une marchandise qui est la plus fétichisée qui soit (+50% du e-commerce provient de la vente de livres, CD, films sur Amazon) en suivant là la logique dont nous parlait Philippe Mouillon hier) dans une circuit économique éditorial devenu fou (50.000 nouveautés par an en France dont 40% part presque immédiatement au pilon) et qui entre évidemment en total contradiction avec ce pour quoi le livre est originairement fait à savoir faire sens, produire du sens et de la réflexion.
Alors comment en sortir de ce lacet ? Commet traiter ce problème, ette problématique que j’ai envie d’appeler « le paradoxe du texteur contemporain ». D’ailleurs je voudrais simplement dire là que faire sens, to make sense doit aussi et même principalement avoir affaire à la vérité – dire la Vérité. En quoi la logique du sens peut-être être associée à un discours sur la vérité, c’est là je crois la question principale sur laquelle nous devrions réfléchir dans ce séminaire et qui me semble très proche du problème du double-bind que je viens sommairement d’exposer. En réalité, concernant ce dernier, je doute qu’on sorte totalement indemne de cette épreuve; c’est dirons-nous, comme une sorte de condition de l’homme moderne d’aujourd’hui, de l’homo numericus confronté à des injonctions existentielles qui le débordent irrémédiablement…
On peut certainement essayer de répondre partiellement aux problèmes auxquels un tel paradoxe nous soumet. Mais certainement pas résoudre complètement à la double injonction dont je viens de faire une première description. Car la question reste d’inventer du sens et de la signification à partir des fragments de sens et de significations dispersés dans des textes rédigés sur le web ou tout autre support (c’est la multiplicité des supports qui importent)… »
... (suite)
Hypertextual _ texte de présentation au MakingSense http://www.makingsensesociety.org/archives/250




















