S'il n'y avait que des phénomènes dans le monde, il n'y aurait de différences que de degré. Tout serait alors comparable à tout et le relativisme pourrait se dire conséquent. Nous ne pourrions plus valablement nous opposer à quoi que ce soit et nos luttes pourraient être dites vaines.Par exemple en politique, une position pourrait très bien en valoir une autre sans qu'on puisse argumenter plus avant.
Or il y va, avec la distinction entre le phénomène, le mouvement d'apparirion du phénomène, et enfin ce dont il y a phénomène, de l'opportunité de reconnaitre philosophiquement des partitions radicales (et non pas relatives). La Vérité, par la séparation drastique entre le possible d'un côté et l'inattendu de l'autre, semble dès lors une considération acceptable, un enjeu à faire valoir dans l'élaboration de notre monde contemporain.
Voici comment.
Je pars de l'unité de la pensée de l'Être-étant chez Cornelius Castoriadis qui distingue cinq strates indissociables dans son "ontologie générale" que sont: le chaos, le vivant, la psychè, le social-historique, le sujet.
La question principale qui m'occupe consiste à comprendre en quoi le surgissement, l'advenir d'une strate pour/vers une autre se réalise dans le système du grand philosophe, sans que je trouve à mon sens une explication suffisamment didactique chez Castoriadis capable de m'orienter dans la pensée de ce survenir.
C'est pourquoi je reprends cette question à sa source en délimitant une chaîne conceptuelle susceptible de rendre compte du mouvement, du phénomène et de l'être-étant déterminé dans le cadre d'une pensée du changement qui sache rendre compte et raison de ces transformations.
Prioritairement, la question du changement se traite selon moi dans le cadre d'une métabologie; celle du temps dans une phénoménologie. L'ontologie recouvre finalement le domaine de l'ensembliste-identitaire au sens reconduit de Castoriadis, à savoir la science de l'être en tant qu'être-déterminé, un savoir capable de décrire l'ensemble des multiplicités immobiles et de leurs relations du point de vue des ensembles qu'ils forment et des identités qu'ils vérifient.
Métabologie, phénoménologie, ontologie donc.
Une métabole, c'est-à-dire un changement qui soutient le prolongement d'une certaine vérité dans un monde, ne peut advenir dans le temps (phénoménologie) ni selon l'ordre logique que le temps souscrit dans l'apparaître (schématique du mouvement) ni selon l'ordre ensidique qui fonde la pensée des ensembles (ontologie).
Comment intervient-elle alors?
Et comment s'assurer de la vérité de son expression dans le langage - lequel appartient principalement au domaine de l'apparaitre et de sa logique propositionnel et linguistique ? (la Logique des schèmes organisant le mouvement des êtres dans un monde ne se réduit pas à une logique de la prédication mais s'assure du domaine beaucoup plus général d'une schématique et des transcendantaux qui la règle). La vérité ne paraît jamais là où elle est attendue.
Afin de faire valoir la possibilité de l'intervention d'une vérité dans le monde (c'est là le problème fondamental, au-delà du fait qu'il existe de l'étendue au sens ensembliste-identitaire, du mouvement au sens transcendantal des modifications dans un monde et du langage vérifiant l'ordre de ces deux dernières conditions), il s'agit d'admettre une éventualité préalable à sa manifestation: il arrive qu'un changement véritable prétende apparaître en tant que redoublement de sa structure d'être sous la forme d'un être-pour-le-changement dans le monde (1): ce changement mondain est alors objectivé par les transcendantaux qui lui donnent sens et signification dans l'ordre de son apparition, et il s'objective concomitamment par sa structure métabologique propre (métabologie).
Phaïnestaï
Dans le domaine de ce qui vient à apparaitre dans le monde (phaïnestai), il existe autant d’images exprimant le changement qu’il existe de façons de changer, de pro-duire. Une Logique générale de ces apparitions s'organise. Cette Logique vient à faire paraitre une vérité lorsque l'inattendu métabologique vient interagir entre les catégories phénoménales d'un monde. La vérité survient (e-venit) comme ce qui n'est pas à sa place.
Logiquement, tous ces schèmes imaginaires et catégories fonctionnent pour chacun d’entre eux à partir d’un régime de métabolicité autonome. Le schème de la succession fonctionne par exemple sur le modèle généalogique (la représentation du temps s’organisant à partir d’une précession dynastique dans les mythes) et il n’est pas a priori compatible avec celui qui figure l’avant/après selon d’autres types de schématiques, par exemple le modèle de la fabrication artisanale, ou bien encore celui de la métamorphose, celui figurant la variabilité etc…
En définitive j'appelle "schème" ces modalités dans la signification du changement dont l'analyse révèle pour une chose le fait de devenir, de changer dans un monde. Ils ne sont pas le résultat d'une abstraction à partir de l'expérience; ils sont plutôt les présupposés d'une expérience et rendent cette expérience possible : ils sont logiquement préalables à toute expérience et sont - d'une certaine manière - a priori. (d'où la nécessité d'une Critique de la raison modale concernant ces possibles)
Assurément, chacun de ces opérateurs imagin-aires ne peut être entendu comme une Intégrale complète, une totalisation de l’espace métabolique global. Le caractère métabolique (c’est-à-dire saisi dans et par le mouvement) et profondément hétérogène des différents types d'images exprimant le devenir exclut toute formalisation uniforme de leur fonctionnement général. Je veux dire lorsqu’on les rassemble dans un espace philosophique commun (à titre d'exemple, la métamorphose indiquant la forme d’une évolution dans un genre narratif particulier ne pourra jamais se confondre avec une procession de type généalogique dans l’histoire narrée, le déplacement d’un objet sur le mode de la translation d’un point A vers un point B ne pourra jamais s’identifier à un simple changement de type qualitatif de ce même objet etc.)
Aussi, les schématiques trament-elles un topos de réflexion générale dans lequel la pensée accède au Mouvement, et donc indirectement dans et par le mouvement, au temps, et ce dans la mesure où les procédures de vérité concernant le Mouvement se révèlent dans leur compossibilité schématique articulée. L’image qui convient n’est pas celle de l’Intégrale des schèmes en un espace réflexif abstrait, mais plutôt celle d’une libre circulation imaginaire de ces schèmes conjoints, d’un se-mouvoir de la pensée qui réclame dans ce trait comme une analytique rationnelle du Changement (une métabologie à défaut d’une ontologie).
Cette analytique réclame évidemment un mode d'expression adéquat. Un mode d’écriture dont le texte se montre capable d’exprimer la compossibilité générale des expressions du Changement et dont la forme exige aujourd’hui selon moi une hyper-textualité du genre.
Dans l’expression conceptuelle de la pensée, des figures locales aussi différenciées que peuvent l’être celles de la généalogie, l’altération, la métamorphose, la succession, la translation, la métabole etc. sont projetées à l’horizon métabolique d’un Sens. Et ce sens ne prétend pas toucher à la vérité révélée dans chacun des cas énoncés (le mouvement est ceci, le changement est cela...) ; simplement à la conjonction orientée de ce qui est vrai lorsque tous ces schémas composent la trame d'un discours rationnel argumenté…
Ce discours s'assure dès lors du redoublement métabologique précédemment décrit (1) dans l'expression afin de s'orienter dans le vrai.
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