Un livre-papier traitant de l’hypertextualité pourrait paraitre comme une contradiction dans les termes. Et les termes seraient d’abord le Texte-papier d’un côté, l’Hypertexte-en-ligne de l’autre : comment parler de l’hypertexte dans et par un livre-papier ?
Cette question pourrait très bien n’avoir aucune solution envisageable. Seul un livre numérique aurait la légitimité théorique pour aborder la particularité d’un tel problème. C’est la logique même ! Mais il se trouve qu’avant même d’avoir commencé à répondre à cette interrogation liminaire, le livre que vous avez dans les mains ( à supposer que vous avez en ce moment cette version en votre possession) suffit à deviner certaines réponses…
Je voudrais donc lire la proposition ou l’hypothèse H = « Je ne peux traiter de l’hypertexte sans un traitement hypertextuel de la question de l’hypertextualité » en l’approchant de deux manières différentes qui se présupposent d’ailleurs l’une l’autre :
- la première, comme je viens de le souligner, en marquant la nécessité d’inscrire le traitement de la question de l’hypertextualité dans un environnement hypertextuel de son expression ; on ne trouvera évidemment aucune réponse à cette option dans ce livre, il faudra les trouver sur hypertextual.net, metabole.eu, metabole.blogspot.com, frenchtheory.com et tous les hypertextes auxquels ces sites introduisent.
- la deuxième, en mettant en valeur non pas cette condition nécessaire du point de vue de ses éventuelles conséquences pratiques ou heuristiques (ne consacrer d’études sur ce thème que sur les sites ad hoc) mais en traitant spécifiquement cette interrogation du point de vue des apories que l’hypothèse H conditionne lorsqu’elles sont posées puis traitées dans un ensemble textuel autonome (que la textualité de cet ensemble soit celle du texte-papier ou celle de l’hyper-texte-en-ligne). Le traitement de H pourrait en effet ne trouver de légitimité que dans un texte à part, un texte hors-l’hypertexte où seules certaines conditions théoriques viendraient à être spécifiquement vérifiées sans qu’elles le soient nécessairement dans un hypertexte accessible sur écran. De cette position, nous analyserions de jure cette mise sous tension d’un texte sous sa forme hypertextuelle à partir de présupposés inscrits sur un texte écrit hors-l’écran; nous considérerions de quelle façon le texte se lie à cette tension, la manière qu’il adopte pour se lier aux liens qui le virtualisent, le tour qu’il adopte pour se transformer dans « la nouvelle stricture » (à savoir la mise sous tension suscitée par l’acronyme hyper) que sa configuration générale permet de créer. Quoi qu’il en soit, la mise en œuvre d’un tel texte (le texte T) ne pourrait plus être définie simplement comme étant de l’ordre de la conséquence ou du symptôme de quelque conceptualité déterminante de l'hypertexte; c'est-à-dire un concept ayant a priori partie liée avec l’hypertexte comme objet central d'un dispositif à partir duquel un texte-papier aurait la possibilité seconde d'être écrit. Dans ce cadre, le concept d’hypertexte serait précisément ce qui resterait toujours et encore à déterminer dans le texte T.
La question serait : Y-a-t-il un savoir textuel de l’hypertextualité ?
Nous viserions là un savoir dont l’hypertexte à lui seul ne saurait rendre compte; une part secrète, un texte dont il aurait besoin pour parfaire le savoir sur sa pratique et son idiomaticité – sans pour autant dépendre des prescriptions théoriques que ce texte aurait préalablement engagées lorsque l’hypertexte viendrait à se construire dans toute la singularité de son élaboration. Le livre-papier viserait ici la seule part textuelle de la réponse à la question. Tout en sachant qu’une réponse totalement adéquate à la question posée ne pourrait venir que de l’altérité hypertextuelle dont la vérité dépend. Nous accéderions nonobstant par le Livre-papier à une dimension à laquelle un environnement hypertextuel n’aurait pas immédiatement accès. Il faut donc parier que beaucoup de choses peuvent se produire dans l’écart qui sépare le Texte de l’Hyper-texte : y compris même l’éventualité d’un Livre traitant doctement de l’hypothèse H sans qu’un renvoi hypertextuel de son énonciation ne soit ici jugé particulièrement nécessaire..
Dans cette hypothèse, il s’agit de signaler l’affirmation d’un abord nécessairement hypertextuel de la question comme une opération s’inscrivant dans l’horizon du problème général de l’écriture ou plus particulièrement d’un savoir sur l’hypertexte. On écrirait ici sous une forme non hypertextualisée de l’écriture pour rendre compte et raison d’un discours sur l’hypertexte.
Le but présumé de cette vérité rhétorique (de cet inconditionnel, ce « il faut » de l’hypertextuel pour dire l’hypertexte) serait d’entamer un discours sur la rhétoricité de l’écriture numérique. Le bénéfice de la rhétorique de l’hypertexte serait de constituer un commentaire construit sur une nouvelle rhétorique à mettre en place pour le temps présent de l’écriture sur écran. Dans la mesure où ce nouveau savoir traiterait de la nature du langage, il pourrait être défini comme quelque chose de plus qu’une seule praxis de l’écart entre texte et hypertexte. Il donnerait lieu à une véritable théorie du langage revisitée par de nouveaux moyens, un savoir capable d’initier une Axiomatique de l’hypertexte sachant lui correspondre. Cet accès dans le savoir devrait alors pouvoir s’envisager dans ses relations avec la rhétorique susceptible de l’accompagner et qui l’aurait avantageusement introduite.