" Vivre à l'époque d'une phase radicale de notre Histoire consisterait à adopter une position paradoxalement inobservable,
impossible dans sa forme comme dans son fond "...
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La French Theoryparachève une certaine philosophie du langage et de l'écrit.
Elle est sûrement depuis des années dans une position quasi-hégelienne qui ne lui permet pas d'initier un nouveau Cycle - mais plus sûrement encore de boucler le précédent.
Cependant, de la même manière qu'ont pu succéder à Hegel des penseurs du type de Kierkegaard et de Marx, inventant l'existentialisme et l'économie politique, viennent maintenant des philosophies zen ou néo, ainsi que des penseurs politiques de l'après- déconstruction. Chez eux, la trace disparait avec sa lettre pour donner libre court à l'esthétisme plastique des neuro-sciences et des formes synaptiques.
Or il s'agit à nouveau, philosophiquement, de changer de cap. Là où il y avait la grammatologie, la métabologie doit advenir. Et ce tournant métabologique de la philosophie doit reprendre la question de l'ontologie à nouveaux frais: elle doit en étudier toutes les transformations...
La question de la Métabole se déploie. Nous vivons le temps, à défaut de l'Epoque, d'une écriture en dévorante métamorphose sur elle-même; le temps d'un " metabolean change in the course of writing ".. Elle est plus que jamais le schème moteur qui commande aux inscriptions changeantes des traces sur le réseau. Elle devient toujours et encore le stylet herméneutique privilégié des échanges contemporains.
Aussi, le scriptural a-t-il maintenant la capacité d'englober le caractère virtuellement non graphique du Networking actuel et de son devenir. L'écriture ne passe plus nécessairement par les Lettres (voir le textel correspondant). D'où la nécessité de reconsidérer de fond en comble le statut métabologique du Texte, sa capacité à s'actualiser sur les écrans comme dans notre vie sociale, au-delà de son être-là représenté de tous les jours.
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Un des énoncés primordiaux concernant la métabolicité caractéristique du texte numérique (transformation, modification, plasticité, métamorphose de l’écriture contemporaine…), pourrait être entendu de la manière suivante:
« Je ne peux écrire sur le caractère transformable du texte numérique sans dépendre simultanément de ses propres effets - et ceci au moment même où je rends compte et raison des propriétés rhétoriques de ces effets sur une page d’écran ».
Nous nous trouvons là en quelque sorte dans une situation proche de celle de la métaphore à propos du texte au sens classique : on ne peut poser le concept de « métaphore » dans un texte - et en chercher une définition adéquate - sans être devant la nécessité de considérer la dimension métaphorique de ce même concept au moment de son énonciation. Ce qui suppose maintenant pour la figure rhétorique de la métabole se trouvant dans une position énonciative équivalente, la résolution d’un problème théorique insondable : la rhétorique de l’énoncé primordial précédemment exposé commente de manière parallèle à la métaphore la tension entre la vérité simple qu’elle exprime (la métabolicité essentielle de l’écriture sur écran) et l’écart logique que cette vérité présuppose (je ne peux dire cette propriété de l’écriture numérique qu’à la condition de l’exprimer sous l’empire de l’effet rhétorique qui l’inscrit). Or ce qui importe là, ce n’est pas seulement comme pour la métaphore le rapport entre le contenu et la forme empirique de l’énoncé mais ce qu’il advient de ce rapport dans-et-par la génération de la lettre sur l'écran. Ce qu’il commande, ce qu'il produit, ce qu’il engage, plutôt que ce qu’il constate.
Voyons précisément de quelle manière.
Au départ, cet énoncé dit l’implication de la métabole comme figure rhétorique dans l’élaboration d’un discours qui se donne comme finalité le traitement de la métabolicité du texte numérique dans toute sa généralité. C’est-à-dire la mise en forme théorique d’une écriture où un tel discours est capable de se construire malgré/grâce à cette seule condition.
L’énoncé dit à la fois la métabolicité de l’écriture en elle-même mais aussi ce qui se traduit littéralement dans-et-par l’écriture. Car ce qui s’écrit, c’est aussi ce qui se fait, c’est-à-dire ce qui change au fur et à mesure que l’écriture s’engage et se transforme sur l’écran. Dès que j'écris, ce que j'écris s'est déjà transformé. En faisant usage de certains tropes que la langue met à sa disposition, l’auteur du discours indique dans le traitement rhétorique du texte, par l'effet d'un jeu de modifications infinies, un certain paradoxe dans l’exercice en cours :
Il se rend compte que traiter de la rhétorique de l’écriture numérique, c’est aussi traiter cette écriture de manière rhétorique par ses transformations. Ce que nous percevons de manière évidente aujourd’hui par l’emploi incessant que nous faisons dans un hypertexte des procédés multimédia, logiciels, figuratifs disponibles dans les logiciels de « traitement de texte ».
L’arrangement du verbe « écrire » laisse ici rayonner ce qu’il en est du propre de l’écriture numérique : il en va d’un certain performatif qui s’exprime dans le texte au moment où la lettre apparait à l’écran.
Pourtant, si la seule prise en compte de la dimension rhétorique du discours s’arrêtait là, nous nous en tiendrions à la confirmation du cercle tautologique que l’énoncé primordial impose. Nous nous en tiendrions à une étude raisonnée de la métabole comme simple figure de style spécifique. Nous en viendrions alors à cerner sans a priori ce qu’il en est de sa sémiologie, sa sémanticité, son ontologie etc. Nous aurions comme objectif d’écrire tout un Livre à son sujet. En vérité, en se déliant de l’énoncé primordial précédemment exposé, l’écriture s’apaiserait peu à peu dans les pages-papier se succédant, tenues par la reliure, loin de l’intranquillité con-temporaine à laquelle pourtant son exercice se doit.
Or manifestement, dans l’écriture courante d’un hypertexte,il n’en va pas ainsi : l’écriture se fait.
Le cercle se brise. Les textels se multiplient et se lient sans arrêt de la Base qui les projette du serveur au Réseau qui les reçoit. Ce qui ressort de cet exercice n’est pas la stricte identité d’un discours rassuré qui se borne à un certain nombre de constats, libre de faire état des résultats avantageux de ses recherches et de ses avancées positives. Ce qui en résulte au contraire concerne le devenir inquiet d’une écriture qui se cherche sans cesse dans-et-par-le-changement qu’elle produit. Ce n’est pas qu’il s’agisse d’en arriver à l’établissement d’un énoncé qui tiendrait tous les autres dans une sorte de vérité fondamentale ; il s’agit plutôt d’entendre cet énoncé à partir du principe qui lui donne toute sa relève.
En définitive, il n’est pas acceptable de vouloir parvenir dans la langue à une adéquation qui viendrait accomplir un projet « philosophique » abstrait : celui consistant à s’entretenir doctement de « l’auto-transformation de la lettre » dans l’écriture hypertextuelle contemporaine. Vouloir parvenir en somme à la mise à découvert d’une écriture littérale dont les changements dans les procédés de mise en forme textuelle auraient été effacés. La frontière ne passe pas entre une écriture qui s’en tiendrait aux procédés rhétoriques qui la gouverne (s’adapter aujourd’hui aux contraintes arbitraires de l’écriture sur le web) et un discours qui, au final, en révèlerait toute la vérité littérale (écrire un beau Traité bien construit sur la rhétorique de l’hypertexte dans un livre bien complet). Le travail la concernant met plutôt au centre de son intérêt vital le partage mobile, métabolique, infiniscent qui se fait entre la logique de l’écriture se transformant et la rhétorique en cours qu’elle découvre…
Entre le Textel supplémentaire et le Livre à venir, il est déterminant, avec méthode, de ne pas savoir choisir.
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L'hypertexte passe par une pensée de l'écriture visée dans l'expression de sa littérarité en acte.
Pour le dire en un mot, il présente l'écriture dans toute l'immanence que sa lettre pourvoie au moment de son inscription. Il semble en effet libérer celle-ci de tous les "signifiés transcendantaux" qui l'occupe inutilement lorsque le texte se donne par habitude à lire dans l'écriture-papier - à savoir pour l'essentiel l'intention de celui qui écrit, le statut du scripteur élevé au rang de l'auteur, la psychologie des intervenants sur le réseau, le message ... le contenu du message, l'idée exprimée, la signification ultime de ce qui est écrit, le sens à retenir etc. L'écriture en réseau analyse et met sans cesse au jour ce que nous pourrions appeler les signifiants littéraux (relatifs à la lettre) des hypertextes ensevelis sous les transcendantaux "littéraires" qui fascinent tant la psychologie de tous les écrivants, la philosophie de l'écriture et l'ensemble de la culture critique dans son ensemble.
Cette libération des signifiants littéraux (car c'en est une !) à la base de l'élaboration des objets textués marque désormais le matérialisme inédit attaché à l'écriture hypertextuelle. L'émergence progressive des hypertextes sur les livres numériques permet d'éviter, lorsqu'on s'en tient à la lettre à leur littérarité, un certain nombre de réductions et de méconnaissances qui auront toujours tendance à resurgir dans les textes dès l'instant où ils se présentent à l'écran (psychologisme sous les formes les plus diffuses, sociologisme appliqué aux réseaux sociaux, thématisme, historicisme etc.).
D'où la nécessité inconditionnelle du travail formel et syntaxique sur les objets textués eux-mêmes.
En suivant cette orientation, il ne s'agit pas pour autant de retomber maintenant dans l'excès inverse. Car une réaction ou une réduction symétriques pourraient maintenant s'imposer: elles consisteraient à isoler sans aucune rigueur méthodologique, afin de l'autonomiser, une spécificité formelle de la littérarité hypertextuelle. Celle-ci aurait à tort une vie et une vérité propres, théoriques ou pratiques dont on ne voit pas quels pourraient être les véritables statuts philosophiques.
Aussi, ai-je proposé, afin d'approcher axiologiquement la condition des objets textués, d'initier l'étude des "phénomènes" de réseaux par un certain nombre de principes capables d'éviter dans la méthode les écueils des positions précédemment évoquées. Il s'agit en priorité de prendre toute la mesure du changement profond de ce que nous expérimentons en ligne quand nous parlons de "phénoménalité" du point de vue numérique. Pour ne pas avoir perçu ce bouleversement dans ce qui correspond à "un phénomène de réseau ", bien des approches ont simplement répété le privilège de la perception et de la subjectivité des acteurs sur la manifestation numérique lorsqu'elle s'actualise sur l'internet. L'autonomie concernant la " Richesse des Réseaux " (Yochaï Benkler) lorsqu'on les comprend du point de vue de leurs règles de fonctionnement spécifiques ou de l'axiomatique qui s'impose à propos des objets qui circulent dans leur structure n'a pas été correctement prise en compte. Il s'agit ni plus ni moins de dépasser la considération du "montrer " ce qui se passe sur les écrans (en empruntant cette compréhension à des concepts tirés d'une sociologie traditionnelle et compassée) par un " laisser se montrer " ce qui arrive sur les moniteurs dans l'originalité de son mouvement; passer de la manifestation d'une certaine socialité communicationnelle (comme Habermas se la représente) à la manifestation de soi à partir de soi du phénomène numérique lui-même.
Cependant, laisser l'effet numérique se montrer en acte dans l'apparence de la page et l'apparaitre comme sa propre manifestat-ion - cela ne va pas de soi. Pour une raison de fond: c'est parce que la connaissance que nous en avons semble toujours provenir d'une cause extérieure à la manifestation que l'effet numérique et les phénomènes qui l'accompagnent ne vont jamais d'eux-mêmes. Ou plutôt, il ne va pas de soi que le phénomène puisse venir seulement de soi, de lui-même, par lui-même, à partir de lui-même, bref qu'il se manifeste dans l'originalité et l'autonomie de son propre changement (métabologie).
Le paradoxe initial dans la méthode lorsque nous abordons la phénoménalité numérique tient donc précisément à ceci: elle prend l'initiative dans le seul objectif de la perdre...
Afin de parvenir à une définition de la rhétorique de l’hypertexte qui tienne compte de son caractère indécidable (dans ce domaine, il n’est pas question de postuler la prépondérance de la dimension rhétorique du discours sur sa dimension logique et grammaticale – ni l’inverse), il faudrait ne pas distinguer par avance ce qui est de l’ordre du trope dans le texte et ce qui est de l’ordre du concept ou du commentaire raisonné.
Or, si cette indécidabilité en venait à être respectée à la lettre, elle se transmettrait derechef aux catégories employées à déchiffrer l’écriture dans toute sa généralité. Par un tel suspens, il ne serait plus possible de savoir précisément « de quoi on parle ».Il faut bien admettre que dans tous les cas de figures ( !), l’univocité reste la finalité ultime du langage : tout suspens concernant ce principe entraine la ruine dans la communication (Habermas).
Pourtant, ces oppositions entre figures et idéalités sont historiquement déterminées.
Il conviendrait logiquement de les interroger: le Livre, l’écriture-papier a depuis toujours survalorisé le grammatical et le syntaxique au détriment de la valeur rhétorique dans l’expression. L’idéal de la typographie noire sur les belles pages de la Collection Blanche est promu par la soustraction qui s’opère à propos des conditions rhétoriques qui favorisent la mise en valeur traditionnelle de l’Idéalité. Ces procédés font partie d’une séquence datée de l’Histoire de la pensée ; des procédés qui plongent leurs racines dans « une pensée métaphysique du texte », pensée la plus ancienne et la plus marquée en matière philosophique concernant le statut idéal et forclos de l’écriture.
Mais pour autant, il serait inadéquat d’avancer qu’il n’y a plus aujourd’hui de distinction possible entre traits rhétoriques et objets conceptuels dans « un textel numérique ». L’équivalence entre la figure employée dans l’écriture contemporaine et l’idée exprimée ne peut pas être sérieusement réalisée. Il s’agit donc de marquer une certaine séparation entre l’événement de la figure de style apparaissant sur l’écran et l’idéalité de son concept pour qu’il puisse y avoir ne serait-ce qu’une certaine conception possible de la rhétorique utilisée dans l’hypertexte. Ce dont il s’agit ici, c’est bien de comprendre la nouveauté qui se fait dans l’écriture lorsqu’une certaine articulation entre ces termes s’opère, même si cet ajointement entre tropes et concepts se reconnait comme incessamment déréglé (est-ce bien sérieux de vouloir « philosopher » sur le web, quelle pourrait être la valeur de vérité d’un textel rédigé dans un hypertexte en ligne etc. ?…).
Ce qui se montre toutefois, c’est qu’il n’y a pas d’oppositions radicales ni de coïncidences parfaites entre la tropologie, voire les mouvements hypertextuels des liens, et la rhétoricité générale du langage.
On pourrait même faire valoir qu’après la phase de numérisation forcenée appliquée à l’écriture contemporaine, il est désormais opportun de constater le devenir totalement tropique du langage sur les réseaux : dans ces conditions, il n’est plus d’aucune utilité d’opposer un sens propre au sens figuré d’un terme hypertextuel. Les métaphores qui envahissent l’intégralité de l’espace digital et viennent à le combler, finissent par disparaître. Tout comme les concepts dans les textels qui circulent et se disséminent sans fin dans les moteurs de recherche. Et cela même au moment où « images et vidéos » couvrent à satiété le champ de la mise en page des textes sur l’ensemble du réseau. Seule semble s’ordonner en définitive un effet de modification continue des textes sur l’écran ; un effet de métabolocité (changements successifs) des signes auquel nous sommes maintenant bien en peine de pouvoir fournir une définition adéquate…
Car cette définition possible de l’écriture par métaboles consécutives dans la progression du textel s’inscrivant à l’écran pose de nouveau les mêmes problèmes que ceux auparavant avancés par le concept supposé de métaphore dans un texte classique : à partir de quelle source et de quel endroit est-illégitime de fixer définitivement son concept ? La métabole est-elle de nouveau une Figure, une Idée, un Quasi-concept auquel il faudrait maintenant attacher un signifié irréductible ?
Comment peut-elle enfin produire son effet dans l’hypertexte hors du domaine circonscrit de la différence et de la répétition, figures classiquement convoquées dans l’élaboration du texte au sens classique ?
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A chaque schème générique capable d’exprimer le changement dans un monde, correspond "un problème philosophique" qui se pose dans les termes de : “Comment se fait-il que….alors que… ? ”
·Dans l’ordre translationnel et du déplacement des choses se succédant dans l'espace correspond le fameux problème posé par les paradoxes de Zénon (démonstration de l'impossibilité du mouvement): Comment se fait-il qu’Achille rattrape la tortue alors qu’il divise constamment par deux la distance qui le sépare sans cesse de son adversaire – et sans pouvoir logiquement la dépasser ?
·Dans l’ordre métabolique des choses survenant (la Métabole comme forme singulière et originale du changement pur et simple est, pour la première fois, thématisée par Aristote en PhysiqueLivre V), correspond le problème de la Création : Comment se fait-il qu’une chose vienne à exister à partir du moment où, dans le devenir, il existe nécessairement un moment de ce devenir où cette chose n’existait pas auparavant ? Par exemple chez Castoriadis concernant la nature de la Société,par l’implication circulaire ou l’inhérence réciproque qui a lieu à l’intérieur du social-historique en tant que création originaire des ensembles sociaux, la logique mise en œuvre pour cette création présuppose précisément ce qu’elle va créer…
·Dans celui de la généalogie correspond a priori celui de la Parité et de l’Un-sans-parties: comment se fait-il qu’à partir de ce qui existe il puisse y avoir un-de-plus, soit donc deux (parthénogénèse, autochtonie...) ou bien trois (Eros) ou bien encore davantage… ? La généalogie est en effet dans l’Histoire – et pendant des millénaires -la seule et uniqueformepropre de toutdevenir objectif. Elle est encore selon nous (malgré les progrès équivoques des biotechnologies et de leurs dangereuses applications eugénistes) une de ces formes donnant principalement sens au changement dans le monde et son évolution - dans la mesure où la généalogie utilise comme schème régulateur de l'expérience humaine le schème qui lui est encore le plus familier : la génération.
·Dans celui de la métamorphose, intervient le problème de la Position-Sujet capable d’identifier dans le changement-en-cours la continuité de la forme se transformant-disparaissant (pour y voir effectivement à un moment donné l’effet d’une métamorphose et non d’une simple évanescence quelconque...). Le mythe de la métamorphose – récit fabuleux mettant généralement aux prises les hommes et les dieux – est d’abord un mythe cosmologique, de type étiologique (du grec aitia, « cause ») : il a pour fonction d’expliquer le monde, de lui donner un sens unifié comme celui de l'oeuf par exemple chez les Orphiques. Mais cette explication donne rapidement lieu à une "contradiction performative" dans la mesure où la fonction explicative fait en même temps disparaitre l'objet expliqué, où l'expliquant ne peut plus faire lien avec l'expliqué (celui-ci s'est métamorphosé). Il résulte de ce problème que les grands Mythes cosmogoniques sont pour la plupart des mythes démonologiques compliqués...
·Dans l’ordre du changement qualitatif, se pose le problème de la logique du magma (Castoriadis). Un magma chez Castoriadis "est ce dont on peut extraire des organisations ensemblistes en nombre indéfini mais qui ne peut jamais être reconstitué (idéalement) par compositions ensemblistes (finies ou infinies) de ces organisations". Cette logique pose des problèmes du genre: « Comment se fait-il qu’il y ait davantage dans le Tout que dans la somme des parties ? » etc. Ces magmas sont ainsi des " multiplicités inconsistantes " (Badiou s'inspire-t-il ici de Castoriadis ou est-ce l'inverse?) desquelles les sociétés tirent une infinité de représentations et de modes d'organisation complexes.
·Dans celui de la Technique capable de transformer une chose en une autre par application d’une procédure technique constituée, d'une fabrication artisanale, correspond le problème « technique » en tant que ce problème n’a rien de technique (Heidegger): il pointe nécessairement sur la question de l’Imaginaire et des rapports de l’imagination avec ses référents objectifs.
·Etc. (le nombre de schèmes disponibles est virtuellement infini - ce dont il faut maintenant produire la démonstration).
Retrouvez ce post traité par huit algorithmes différents dans La métabole
La question est d’abord de savoir si le traitement du phénomène dans la description que l’on mène à son égard peut être séparé de l’attention prêtée au mouvement qui le rend possible ; c’est-à-dire au mouvement qui réalise ce phénomène en tant que celui-ci peut alors se manifester dans un monde fait d’espace et de temps.
Dès lors, l’interrogation suivante porte sur ce mouvement comme condition d’apparition, à savoir la question de savoir si ce mouvement est nécessairement lui aussi un phénomène à part entière. Doit-il être compris comme un cas particulier d’une théorie de l’apparaitre beaucoup plus large ? Auquel cas, tout mouvement devrait s’inscrire dans un champ fait d’espace et de temps, ce que l’étude de la kinésis chez les philosophes anciens ou modernes ne semble pas supposer dans la plupart des perspectives adoptées. Ou bien doit-il être saisi comme une condition a priori de toute phénoménalité lui interdisant par là même d’être compris dans le champ phénoménologique ad litteram ?
1.Posons le principe :
Tout phénomène se manifeste nécessairement en son mouvement. Ne serait-ce qu’en son mouvement d’apparition.
2.Il s’ensuit :
Si tout mouvement devait être compris de manière phénoménale, alors il devrait lui aussi être saisi dans le mouvement qui le fait se manifester comme mouvement phénoménalisable. Il y aurait dès lors composition de mouvements pour que le mouvement vienne à se phénoménaliser.
3.A partir de là :
La composition des mouvements est pensable sous l’angle de l’ontologie platonicienne. Un mouvement pour Platon n’est pas nécessairement le mouvement de quelque chose, et les mouvements en viennent à se composer les uns par rapports aux autres comme il est pressenti dans le Timée et le Philèbe : base à partir de laquelle les sciences physiques à l’aube des Temps modernes pourront ensuite se construire ; alors qu’elle cette composition est strictement interdite chez Aristote pour lequel « ce qui se meut » ne peut être visé que sous le registre d’une physique des êtres naturels ou d’une philosophie première traitant de l’Être en tant qu’être (to on è on). Selon Aristote, la kinèsis (mouvement) ne peut concerner qu’un substrat, un hypokeimenon (sujet, support) dont on peut précisément dire qu'il est en mouvement.
Pour ma part, je choisis de distinguer outre le phénomène, le mouvement d’apparition du phénomène ; enfin sur un troisième registre ce dont il y a phénomène.
La question du changement se traite selon moi à part dans le cadre d'une métabologie(sans présager pour l’instant de l’incorporation complète de ce champ dans celui du phénomène) ; celle de l’espace et du temps dans une phénoménologie. L'ontologie recouvre le domaine de l'ensembliste-identitaire (au sens reconduit de Castoriadis), à savoir la science de l'être en tant qu'être-déterminé, un savoir capable de décrire l'ensemble des multiplicités immobiles et de leurs relations du point de vue des ensembles qu'ils forment et des identités qu'ils vérifient. En ce domaine, l’Être en tant qu’être n’a pas de pro-ductivité, de générativité au sens propre ; il ne change pas et se borne à être dans ce qu’il est.
Métabologie, phénoménologie, ontologie donc.
Ces domaines ont évidemment des points communs. Mais, considération essentielle, ils ne se recoupent pas totalement.Tout jet, toute lancée, tout échappement théorique hors du champ de la phénoménologie (mais non hors de la pensée pour autant) n’est pas nécessairement une re-chute dans ce que la philosophie du XXème siècle appelle « la métaphysique ».
4.Approfondissement
Maintenant, chose essentielle, les déterminations propres à la mobilité confirment leur engagement dans la constitution du phénomène en tant que tel – en effet, ce qui apparait apparait en tant que cet apparaitre dépend en priorité du mouvement d’apparition qui le fait apparaitre ; tout commed’ailleurs ce qui se meut se phénoménalise, ou mieux se montre.Il s’ensuit que tout phénomène relève en quelque façon de sa mobilité, au point où il parait légitime de s’interroger sur le caractère interchangeable des deux termes. Dire d’un phénomène qu’il est mobile au moment de sa manifestation semble tautologique, tout comme du mouvement perçu ne peut l’être que d’un phénomène qui se manifeste. Quiconque voudrait faire objection à ce constat – avant même de déconstruire toute l’argumentation soutenant la nécessité d’une métabologie pour démêler ces questions – devrait pointer un seul phénomène capable d’apparaitre hors de tout mouvement d’apparition lors de sa manifestation ou un seul mouvement susceptible de ne pas se phénoménaliser. Il ne s’agit, dans les déterminations mutuelles qui s’échangent entre phénoménalité et mobilité, ni d’une opinion, d’une option réflexive ou d’une remarque dans l’interprétation _ mais d’une contrainte théorique forte.
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Une suite détermine généralement la position et la nature des éléments qui la composent en développant la fonction ou la loi qui la dirige. Or, la suite des liens s’inscrivant dans un textel (la liste des termes hypertextualisés figurant dans le texte-en-ligne) dépend paradoxalement du travail des éléments qui la constituent : chaque hyperlien est en effet susceptible à chaque instant d’en créer de nouveaux, rendant particulièrement instable l’établissement définitif d’une série - par ailleurs en modification continue.
Dans ces conditions, dresser la liste des hyperliens dans un index à la fin d’un livre numérique (afin de faire le mapping du contenu, d’en établir un lexique raisonné à la manière de EastGate avec le progiciel Tinderbox)présente quelques inconvénients ; car la série n’est jamais achevée, circonscrite, finie, close, égale à elle-même. Depuis la parution du livrel, elle n’aura jamais cessé de se prolonger tout en se transformant. Elle doit d’une part composer nécessairement avec le temps de l’écriture et de la lecture. Elle doit également faire avec l’espacement des termes et leur inscription, avec « le contexte général » se développant sans cesse sur le réseau. C’est là l’effet de ce que j’appelle la métabolicité fondamentale de la chaîne des hyperliens. Et d’ailleurs, la métabole comme figure de style s’inscrit et se révèle rhétoriquement dans la page par la chaîne des termes ainsi générée : la métabole des hyperliens doit s’insérer dans une telle série pour y prendre sa place à côté des éléments qu’elle n’aura pourtant à aucun moment programmée.
Toutefois, le mouvement de transformation de lien en lien dans le texte ne peut guère manquer de suggérer que, avant et après tout, la métabole comme trope dans l’hypertexte précède d’une certaine façon tous les autres éléments de la chaîne ; car c’est bien elle qui instaure la série continue des hyperliens en affirmant, en premier lieu, l’opportunité de leur hypertextualisation. C’est elle qui marque par anticipation, en la préfigurant, le « taguage » des autres éléments qui s’y prêtent. Avant d’entrer dans la chaîne, les tags auraient donc été marqués par un effet de figuration de sorte qu’ils porteraient, avant même d’être tagués, une trace attestant de leur appartenance à la suite des termes hypertextués. Chacun des éléments serait ici prêt à agir en tant que schème complémentaire de la métabole, sinon en tant que son remplacement quasi-synonymique…
En bref, tout comme chacun de ses éléments pris dans leur singularité, la série interrompt, en la transgressant, toute tentative de circonscription définitive. Sa logique se marque sans cesse par un mouvement de modification perpétuelle, tout autant que celle de ses éléments.
Par conséquent, il y aura toujours, à chaque moment, un élément supplémentaire à faire valoir, un élément à venir dans la suite– mais de surcroît, chacun d’entre ces éléments pourra se révéler, dès l’examen, démultipliable à l’infini dans l’opération de marquage : chaque lettre, chaque signe, chaque trace inscrite sur la page reste potentiellement une marque à déposer, renouvelant sans cesse la lecture raisonnée des liens qui la produisent.
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Une métabole fait suivre plusieurs termes quasi-synonymes dans une phrase pour exprimer une même notion, en cherchant à mieux l’atteindre dans son idée adéquate : Il se fit beau, beau, mais beau…ou bien encore : Ô rage ! Ô désespoir.
Cette répétition dans la marque manifestement progresse dans l’expression, ce qui la distingue de la simple redondance ou de la pure tautologie. Elle peut donc être considérée comme une figure générique, base des tropes de construction qui résident dans un jeu sur la disposition de termes ou de groupes syntaxiques se succédant, comme l'anacoluthe par exemple (rupture soudaine et inattendue dans la construction de la phrase) etc. Par ce jeu dans la répétition, de sensibles transformations et de réelles modifications viennent à se créer: la métabole désigne toute espèce de changement dans l’expression, sans même parfois que le jeu des différences entre termes quasi-équivalents n’intervienne (lorsqu'un lien est créé dans un hypertexte, le terme choisi n'est même pas redoublé dans son inscription littérale, il est seulement marqué pour qu'un (r)envoi potentiel soit activé vers un autre textel). La métabole la plus économique qui soit s’effectue alors sans élément différenciant principal. Elle reste "pure" de toute ré-inscription dans son redoublement hypertextué. Ce qui n’empêche en rien la gradation de transformer parfois l’intégralité du sens originairement exprimé par le contexte, sans que le jeu de la différence et de la répétition ne joue un rôle décisif dans le changement effectué.
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Dans un livre numérique, les liens sont pris dans un système textuel à l’intérieur duquel chaque lien renvoie nécessairement à un autre dans l’ouvrage, c’est-à-dire aux autres liens par construction systématique de renvois (un index de ces liens peut être proposé quelque part dans le livrel).
Dans la mesure où l’hyperlien ne correspond jamais tout à fait à la description qui en est faite lorsqu’il est activé– que celui-ci soit descriptif ou inférentiel (voir cette distinction dans mon textelQu'est-ce qu'un lien hypertexte inférentiel?…) - la connexion entre les termes doit s’inscrire dans une série de marques où chaque élément porte la trace de tous les autres. Autrement dit, nous avons affaire dans l’hypertexte à une chaîne d’hyperliens dans laquelle les renvois successifs se laissent soumettre à un certain nombre de substitutions non synonymiques, selon la nécessité occurrente de la page du livrel prise dans son contexte.
A partir de l’établissement objectif de cette série, énonçons quelques principes qui déterminent le fonctionnement des hyperliens dans un hypertexte.
D’abord rappelons que la série des liens qui se succèdent dans un hypertexte compte parmi ses éléments le plus grand nombre, sinon l’intégralité des termes que l’hypertexte peut comprendre dans l’intégralité du texte : et ceci en vertu du principe fondamental de la tropicité du langage (d’aucun dirait de sa métaphoricité) qui permet à chacun des termes du texte de se comprendre comme une figure et de créer à partir d’elle de nouveaux liens.
Ensuite, la série des hyperliens dans un livre numériqueest, et devient pour des raisons ressortant clairement de ce qui vient d’être dit, essentiellement ouverte. Elle peut toujours à tout moment s’étendre dans la Base des hyperliens en ajoutant un nouvel élément, lequel aura toujours, de toute façon, déjà virtuellement appartenu à cette même série ;
Il résulte de ces deux premiers principes que les éléments de la série gardent une relation raisonnée entre eux, mais que cette relation n’est en aucun cas, synonymique. La série se présente plutôt comme une juxtaposition de termes de même sens ou de sens très proche, approchant dans cette opération une figure consistant à accumuler plusieurs expressions rapprochées afin d’atteindre une même notion, une même idée avec davantage d’acuité : soit donc rhétoriquement une métabole, à savoir une transformation du sens dans la description peut s'ensuivre, altérant par là même parfois l'idée originellement exprimée.
Reste à déterminerce qui différencie une métaphore d’une métabole ainsi que les rôles respectifs que ces tropes jouent dans l’élaboration dynamique de l’hypertexte …
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D'un point de vue des Idées, l'hypertextualité ne dépend en rien de l'innovation technologique. On ira pas plus loin en matière d'expression "hypertextuelle" parce qu'on inventera de nouvelles applications informatiques. Celles-ci donnent au langage de nouvelles possibilités dans ses performances mais dépendent de toute façon de la tropicité originaire de l'écriture. Car les usages du langage sont à la lettre performatifs, quelle que soit l'innovation technologique qui vient oppotunément le faire fonctionner.
Le texte à lui seul développe ses potentialités hyper-textuelles dans la mesure où il est toujours et d'abord abyssal dans sa structure. Il est prêt à faire ouvrir les espacements qui le constituent, ceux qui se forment entre lui et les autres textes qui se métabolisent à partir de lui, mais également toutes les articulations qui composent le langage même, les écarts par lesquels l'énonciation s'effectue.
L'espacement qui constitue l'énoncé permet la structure d'une articulation entre différents niveaux de signification. Une structure par définition abyssale du fait que le signe s'ouvre, en se composant, à un autre propre à lui-même. Dès lors s'effectue à même le texte, et sans que la technologie en soit la seule dispensiatrice, l'emprunt d'un double ou de multiples accès, comme une espèce d'hypertextualisation d'une même surface signifiante.
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Jean-Philippe Pastor: Jacques Derrida ou le prétexte dérobé / Moonstone << Le mercredi 10 février 1999 - Paris, 17 heures, heure à laquelle le séminaire de Jacques derrida commence au 105 Bd Raspail de l'EHESS - je me suis mis à lire un texte auquel le maître de cérémonie n'avait accordé aucun imprimatur... >>
Ce livre sur Castoriadis (Devenir et temporalité I) interroge les thématiques les plus reprises du grand philosophe, en s'efforçant d'assumer l'héritage de son maître livre " L'Institution Imaginaire de la Société".
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Hypertextual s'organise comme un Tout textuel dont l'unité dépend de plusieurs modalités littéraires. Ce sont les principes de fonctionnement de l'Hypertexte qui sont ici présentés. Télécharger: