" Vivre à l'époque d'une phase radicale de notre Histoire consisterait à adopter une position paradoxalement inobservable,
impossible dans sa forme comme dans son fond "...
E-books avec PHONEREADER 3G Mobility Lisez Hypertextual ! Une bibliothèque complète d'ouvrages en tout genre (essai, théâtre, fiction, poésie) à télécharger gratuitement.
L'écriture hypertextuelle en tant que témoignage des traces sur les Réseaux ne s'assure de rien, ne fait état d'aucune description, d'aucune narration. Elle ne cherche pas à lier les subjectivités désirant participer à un acte de communication ou d'échange au sein d'une communauté "oeuvrante". Elle ne constate rien.
Elle se prête seulement à un désengagement du Programme qui la porte. Elle s'avance à travers les lignes face à une virtualité d'un genre n'appartenant plus à l'ordre de la modalité pratique des inscriptions signifiantes. Dans son plein exercice, elle décentre plus que jamais son jeu de l'actualité de l'acte d'écrire qui la porte à l'écran - ou bien encore elle s'écarte du jeu établi de la présence en-ligne d'un texte qu'il aurait fallu préalablement mettre au point hors-ligne avant l'envoi. L'écriture dans un textel cherche l'épure d'une intention s'effaçant au fur et à mesure que le texte s'écrit.
La matrice logique et textuelle de tout hypertexte est d'être par conséquent dans l'invention technologique de l'écriture sans vouloir y rester. Et là se rencontre l'expérience (ou la passion) d'une pensée qui ne s'arrête à aucun couple d'oppositions binaires qui viendrait définitivement baliser son sens (par exemple, programmer son écriture par un logiciel de Content Provider ou bien au contraire se poser dans l'exercice d'une écriture inventitve emprunte d'une subjectivité scripturale maximale livrée sur une page-papier). Ecrire le programme dans un langage-machine approprié ou bien utiliser de façon experte les fonctionnalités d'un traitement de texte existant; une écriture ne cherchant plus en somme à surmonter ses propres contradictions - ni ceci ni cela - ni écriture ni lecture au final.
J'écris comme je lis.
Retrouvez ce post traité par huit algorithmes différents dans La métabole -
L'hypertextualité n’est pas technologique au sens de sa programmation.
Au contraire, sa mise en page nécessite une dé-marquation effective de son contenu par rapport aux traitements applicatifs de la Solution ;un débord qui permette d’échapper à la programmation imposée par les contraintes informatiques de l’Hypertexte global.
Dans l’hypertexte en acte, il existe comme un effort incessant d’anagrammatiser ce qui se présente dans la machine comme un chiffre; de prendre en somme à la lettre le digital qui, pour sa part, constitue le Programme capable d'imposer ses marques à l’écriture courante. Ce travail algorithmique s'effectue dans l'écriture du texte comme à son corps défendant. Le corps du texte se digitalise à la lettre. De sorte que l’hypertexte est en permanence en position de défiance par rapport aux nouvelles technologies: il lui faut constamment faire valoir, en fonction des applicatifs oeuvrant à l’anamnèse de son "propre" contenu (l'intégralité des liens auxquels le texte s'indexe) une imprévisibilité de fond irréductible aux conditions programmables de l’Algorithme directeur..
Dans son fonctionnement, le textel ne se définit que par la série des liens qu'il compose. Sur l'écran, il est une ex-cription à défaut d'une ins-cription.
Aussi, anagrammatiser le digital nous ouvre incidemment à cet espace de débord - celui du lire et du lier comme anagramme directeur de l'hypert(ex)te courant. Nous expérimentons dans l'é-criture sur écran la syncope d'un blanc où, pendant que la lettre s'actualise, le calcul se fait. Un certain "temps" de composition machinale pendant lequel la définition axiomatique du digital comme évidence de l'immédiateté du chiffre-en-lettre porté à l'écran est déjoué. A ce point, la plénitude intuitive du corps de la lettre magnétisée sur le moniteur n'est qu'un leurre. Il suffit d'ailleurs d'activer un seul des liens du textel pour que, tout de go, le retournement dans le corps du texte se fasse: le technologique n'agit plus dans le sens apparent de l'instantanéité de l'échange; il fonctionne structurellement dans l'orientation de son perpétuel report. Il s'effectue dans la direction d'un excès permanent du digital par rapport à la lettre qui démantelle sa fonction. Il se tient face à la dislocation des effets d'une communication qu'il devine perpétuellement mise en échec .
Retrouvez ce post traité par huit algorithmes différents dans La métabole -
En matière d’écriture hypertextuelle, que peut encore signifier « le temps du lecteur » ?
Ce ne peut être l’équivalent de l’instant présent, du jour même, car on entre pas dans un fragment hypertextuel mis en ligne, un objet textué numérique de la même manière que l’on entre dans un livre ou une fiction audiovisuelle à la recherche d'une telle connivence dans le temps : il faut un certain délai pour qu’un texte inséré dans la Base acquière un sens véritable, une signification pertinente aux yeux de l’auteur et de ses correspondants ; et plus longtemps encore pour qu’il rencontre des lecteurs clairvoyants.
Ce sens de toute façon n'est jamais atteint.
Il n'y a pas d'écriture dont le statut corresponde à la traduction complète d'une expression initiale. L'hypertexte, plus que le texte encore, met au jour cette impossibilité. Et s'il n'y a pas d'écriture purement expressive quant à son intention (une écriture adéquate à "ce que j'ai voulu dire", phonétiquement parlant), alors toute lecture reste toujours problématique. En effet, la nécessité des fonctions scripturales, des blancs opérants et des systèmes de liens au sein même de l'écriture digitale met en évidence l'impossibilité d'une pure communication entre auteur et lecteur, d'une entente prétendument immédiate...
A cette distance de premier abord s’ajoute celle des traductions – la langue la plus utilisée sur le Réseau est évidemment l’anglais – qui, parce qu’elles impliquent bien souvent une interprétation préalable des textes, viennent ou trop tôt ou trop tard.
Ces malentendus, ces retards, ces incompréhensions – si troublants à l’ère de la communication qui se veut instantanée – me conduisent souvent à prendre « contemporain » dans son premier sens de « avec le même temps que… », « qui est du même temps que… ».
Mais quels sont les lecteurs qui sont alors du même temps que les autres ?
Comment les définir sans les placer dans un même temps vide qui sera celui de la chronologie extérieure des jours et des heures ?
Déjà Carnap ou Wittgenstein sont-ils les véritables contemporains de Heidegger ou de Paul Valéry ?
Retrouvez ce post traité par huit algorithmes différents dans La métabole -
Le textel envoyé sur la timeline apparaît d’un coup d’un seul sur l’écran.
Il tombe là comme par chance, comme par hasard. Chaque envoi paraît comme un vrai fortune-telling tweet ! Mais à quoi correspond ce hasard ? Comment comprendre cette apparition soudaine, banalisée, induite dans le flux continu des listes accueillant le message et le dépassant aussitôt dans le Grand Oubli de la Mémoire totale des réseaux sociaux d’Internet ?
Le lecteur tombe dessus à la manière d’une chute qui vient de se produire. Dans les messageries, il y a toujours ce petit effet de surprise et de plaisir à la fois au moment où le message apparaît sur la page. Un peu à la façon d’une association très connue d’une partie de la science moderne par exemple, inaugurée par la fameuse pomme de Newton et sur laquelle la plupart des grandes découvertes scientifiques à l’ère moderne se sont faites …
C’est à la faveur de ce support à la fois volontairement exhibé et en même temps totalement crypté (l’intégralité du textel ne figure jamais dans la mention : il n’y a souvent que le titre et l’adresse internet écourtée permettant d’y accéder) qu’une certaine signification des choses se promet à nous. Mais avant d’en venir à la teneur du message et a fortiori du message lui-même, c’est la vérité du système de communication permettant l’envoi qui se révèle au lecteur : la vérité du textel comme crypté (le secret confiné dans l’envoi va s’ouvrir une fois le textel déchiffré), le cryptage apparaissant comme la vérité de l’envoi (la vérité pour l’instant dans la mention se présentant sur la timeline comme indéchiffrable dans son contenu total).
Faute ou excès d’adresse, l’envoi sur le réseau se prête ainsi à tomber sur tous les écrans, à apparaitre sur la page de toute la communauté adressée, il tombe finalement dans tous les dispositifs de lectures fixes ou mobiles imaginables. Même si ce que j’ai à dire à quelqu’un en particulier est tout à fait indéchiffrable pour tous les autres…Le textel mentionné réunit ici cryptage et déchiffrement, secret et vérité, en son support glacé, furtif et léger…
Le textel affiche la vérité de ce qu’il contient (en général ce que nous lisons sur le tweet correspond à ce qui est promis une fois que nous cliquons sur le lien) et, en même temps, il garde cette vérité dans une sorte d’oubli bientôt totalement avéré. Il reste ensuite comme le rappel incessant d’une reproduction possible du dilemme initial (j’ouvre ou je n’ouvre pas?) ; mais cette mention du textel bientôt passée dans la timeline ne pourrait subsister qu’à la condition de correspondre au moins à la bonne adresse, au bon cryptage (imaginez un peu si ce que je vous dis dans le textel est un message personnel entre vous et moi, un contenu que nous serions les seuls capables de déchiffrer…) . Il faudrait encore pour que le contenu soit totalement compris que l’adresse de l’envoi sur votre timeline soit retenue – ne serait-ce que pour venir vous demander plus tard, à vous, et à vous seuls, ce que finalement le message initialement personnel contenait.
Au final, la destination ou la détermination de la vérité du textel ne vient pas : il y a toujours un autre textel (ou tweet) pour remplacer l’autre, en avance sur le temps d’apparition du précédent, annulant le temps de lecture de chacun comme si le prochain en savait toujours davantage que celui dont on déchiffre maintenant le contenu. L’anticipation détourne alors le sens du message initial, qui à son tour et en son temps avait lui-même déjà gravé cette anticipation dans son écriture, et ainsi de suite…En toute logique, il n’y a donc pas de communication possible, il n’y a même pas la possibilité d’un seul envoi- car un textel dans son unicité ne pourrait pas exister de manière autonome. Il y a plutôt des communications ou des envois. Il n’y a même pas le pluriel comme vérité du textel (non pas une multiplicité de multiplicités mais des multiplicités de multiplicités). Le message est toujours déjà mis dans le « ainsi de suite » du textel à venir, celui que le précédent avait déjà promis.
Rejoignez le Journal de l'Hypertexte en anglais (posts du jour différents de ceux ici présents) - Connectez-vous sur hypertextual.net l'Hypertexte Principal de la Solution -
C’est son signifiant qui le révèle: le type de support qu’il emprunte (l’écran blanc, translucide du Kindle, du Ipad ou autres mobiles, PC…) le distingue, avant même que sa teneur importe. Dès lors, en envoyant un textel, il semble que je compose un nouveau genre, que je lui octroie un sens, que vous en héritez une nouvelle fois en reconnaissant ses contours, tours et détours…. Mais cette fois, cette nouvelle fois, d’une façon absolument inattendue, comme genre dont il manque précisément le genre.
Le textel qui sort de sa Base pour être envoyé connait maintenant sa détermination : il désigne le genre de ce qui reste d’écriture sur le Réseau malgré l’expérience contradictoire du genre qui se crée dans un tel espace. Il n’est pas le seul, il y en a beaucoup d’autres… Les textels s’envoient comme ce qui reste d’un Livre dont chacune des pages aurait été arrachée, éparpillés en mille milliers de petits morceaux colorés.
Au genre littéraire, à« l’original » du livre et de la lettre, l’écriture digitale met en évidence l’indétermination du genre. Elle favorise la reproductibilité indéfinie du support rigide et froid de la page d’écran. Il s’agit d’envoyer tous ces textels en nombre ; et la relation élémentaire qui leur reste, reproduite jusqu'à l’épuisement, ne souligne d’abord que la seule possibilité commune de pouvoir être r-envoyés.
Leur r-envoi confirme que l'on écrit faute de savoir complétement les lire (anagramme de lier). C'est en ré-écrivant que le réseau rend les textels enfin lisibles. Chaque textel dans sa structure actuelle anticipe sur sa ré-écriture à venir. Il s'agit d'envisager l'écriture numérique comme traduction ou réécriture systématique, à partir d'un hypo-textel qui de toute façon n'aurait jamais été préalablement écrit comme tel - et qui pourtant le fut: le textel vise là comme une répétition inaugurale, une première-fois mimétique originale. L'écriture est de l'ordre du paradoxe. Elle est l'expérience même de la littérature, d'une littérature qui n'est littérature qu'à partir de la littérature. De manière à ce que la métabolicité de chaque "fragment réécrit" interdise de pouvoir trouver dans la forme occurente du texte la vérité de sa signification définitive: l'analyse des parties du discours qui s'y tient, de sa syntaxe et de sa grammaire reste de toute façon insuffisante pour la comprendre totalement. Ré-écrire le textel destiné à l'envoi/renvoi de sa matière, c'est d'abord saisir sa valeur métabolique.
Dès lors, la lecture rencontre l'écriture par sa ré-écriture, le lecteur se trouve transporté dans l'exposition de l'écrit philosophique dont il doit répéter la lecture en vertu de sa pure métabolicité.
Rejoignez le Journal de l'Hypertexte en anglais (posts du jour différents de ceux ici présents) - Connectez-vous sur hypertextual.net l'Hypertexte Principal de la Solution -
L'énonciation éditoriale selon Emmanuel Souchier convoque une poétique de « l’image du texte ». Située à l’articulation du symbolique et du politique – de la croyance –, du matériel et du textuel, l’énonciation éditoriale fait partie de ces processus privilégiés qui font que les idées deviennent – aussi – des forces agissantes sur le réseau.
Quelle qu’en soit l’histoire, la situation ou le « contenu »… il n’est pas de texte qui, pour advenir aux yeux du lecteur, puisse se départir de sa livrée graphique. C’est une vieille histoire, dit-il, que celle qu’entretiennent le texte et « l’image du texte ». Une histoire faite de rencontres et de déchirements. Pour avoir transformé l’ancestral antagonisme sensitivo-moteur «face-langage»et «main-graphie» en un espace de rencontre possible, l’écriture annonçait déjà la couleur à ce sujet.
L'écriture et sa mise en énonciation par l'image ( représentation que le texte nécessairement produit), est une structure dualeen matière textuelle avec laquelle il faut compter.
Rejoignez le Journal de l'Hypertexte en anglais (posts du jour différents de ceux ici présents) - Connectez-vous sur hypertextual.net l'Hypertexte Principal de la Solution -
Le fait initial pourrait bien être la nécessité où se trouve une culture ou une société donnée de substituer sa littérature aux textes religieux ou aux textes sacrés.
Avec l'hypertexte des temps que nous vivons, on sait que la structure des liens et l'ouverture des énoncés à d'autres énoncés engage ce que l'on désigne par " la transcendance du texte", à savoir tout ce qui met le texte en relation, manifeste ou secrète, avec d'autres textes. Aucune considération religieuse ou mystique da,s cette approche. Pour autant, la question de l'absence ou de la présence du lecteur/auteur en ligne induit des catégories d'analyse qui n'ont rien à envier au domaine Sacré...
Enfin le problème de la cohérence et de l'unité d'un hypertexte sont à proprement parler des considérations de nature religieuses (religio, à savoir faire tenir ensemble des éléments épars).
Comme on s'en rend compte, la question des frontières entre discours critique/théorique et discours littéraire ne semble pas près d'être réglée.
L’écriture ne
passe plus nécessairement par les Lettres.
Du reste, si la
philosophie écrite dans les livres continue d’être pratiquée, elle le
doit encore à sa faculté de se
faire des adeptes par le texte lettré. Pratique qui semblerait
bien curieuse aux yeux de Platon pour qui la lettre est une chose
morte, incapable d’agir en vue d’élargir le cercle de la philia philosophique.
Et pourtant, un certain humanisme à
l’origine des Temps modernes a su totalement déjouer ce sombre pronostic
: non seulement les humanistes ont
dans un premier temps réussi à se faire des amis aux quatre coins de
l’Europe avec leurs livres mais ont encore imaginé que seulesles
Lettres étaient capables d’éduquer les lecteurs de manière à
former une société entière travaillant à son humanitas.
Nous prenons à
présent toute la mesure de l’échec d’une tel espoir. Et beaucoup redoute
comme jadis Platon que tous les objets culturels contemporains, pour la
plupart très éloignés de l’Ecriture au sens classique, soient jamais
capables de créer un communauté de destin culturel entre les hommes.
Mais c’est mal considérer à la base le rôle et la fonction que
remplit l’écriture: naguère immobile et scriptée (comme
Platon lui reprochait de l’être) ; aujourd’hui mobile et transformable – comme
la fameuse dialectique des académiciens, elle prend désormais des
formes insoupçonnées qui
augmentent parfois le champ des possibles créé par les objets textués
en matière d’adoption culturelle.
Pour toutes ces raisons, il nous
faut reconsidérer de fond en comble le statut ontologique, métabologique du
Texte (je mets un T majuscule au texte compris dans un sens élargi). Sa
capacité à se créer des possibles noétiques au-delà de son être-là
représenté.
Metablog Journal de
l'Hypertextehttp://www.metabole.typepad.com/mediumtrueMetablog Journal de
l'Hypertextehttp://www.metabole.typepad.com/mediumtrueMetablog Journal de
l'Hypertextehttp://metabole.typepad.com/jean_philippe_pastor/mediumtrueMetablog Journal de
l'Hypertextehttp://metabole.typepad.com/mediumtrueMetablog Journal de l'Hypertexte:
métabolehttp://metabole.typepad.com/jean_philippe_pastor/mtabole/page/3/mediumtrueMetablog Journal de
l'Hypertextehttp://www.metabole.typepad.com/mediumtrue
Un des énoncés primordiaux concernant la métabolicité caractéristique du texte numérique (transformation, modification, plasticité, métamorphose de l’écriture contemporaine…), pourrait être entendu de la manière suivante:
« Je ne peux écrire sur le caractère transformable du texte numérique sans dépendre simultanément de ses propres effets - et ceci au moment même où je rends compte et raison des propriétés rhétoriques de ces effets sur une page d’écran ».
Nous nous trouvons là en quelque sorte dans une situation proche de celle de la métaphore à propos du texte au sens classique : on ne peut poser le concept de « métaphore » dans un texte - et en chercher une définition adéquate - sans être devant la nécessité de considérer la dimension métaphorique de ce même concept au moment de son énonciation. Ce qui suppose maintenant pour la figure rhétorique de la métabole se trouvant dans une position énonciative équivalente, la résolution d’un problème théorique insondable : la rhétorique de l’énoncé primordial précédemment exposé commente de manière parallèle à la métaphore la tension entre la vérité simple qu’elle exprime (la métabolicité essentielle de l’écriture sur écran) et l’écart logique que cette vérité présuppose (je ne peux dire cette propriété de l’écriture numérique qu’à la condition de l’exprimer sous l’empire de l’effet rhétorique qui l’inscrit). Or ce qui importe là, ce n’est pas seulement comme pour la métaphore le rapport entre le contenu et la forme empirique de l’énoncé mais ce qu’il advient de ce rapport dans-et-par la génération de la lettre sur l'écran. Ce qu’il commande, ce qu'il produit, ce qu’il engage, plutôt que ce qu’il constate.
Voyons précisément de quelle manière.
Au départ, cet énoncé dit l’implication de la métabole comme figure rhétorique dans l’élaboration d’un discours qui se donne comme finalité le traitement de la métabolicité du texte numérique dans toute sa généralité. C’est-à-dire la mise en forme théorique d’une écriture où un tel discours est capable de se construire malgré/grâce à cette seule condition.
L’énoncé dit à la fois la métabolicité de l’écriture en elle-même mais aussi ce qui se traduit littéralement dans-et-par l’écriture. Car ce qui s’écrit, c’est aussi ce qui se fait, c’est-à-dire ce qui change au fur et à mesure que l’écriture s’engage et se transforme sur l’écran. Dès que j'écris, ce que j'écris s'est déjà transformé. En faisant usage de certains tropes que la langue met à sa disposition, l’auteur du discours indique dans le traitement rhétorique du texte, par l'effet d'un jeu de modifications infinies, un certain paradoxe dans l’exercice en cours :
Il se rend compte que traiter de la rhétorique de l’écriture numérique, c’est aussi traiter cette écriture de manière rhétorique par ses transformations. Ce que nous percevons de manière évidente aujourd’hui par l’emploi incessant que nous faisons dans un hypertexte des procédés multimédia, logiciels, figuratifs disponibles dans les logiciels de « traitement de texte ».
L’arrangement du verbe « écrire » laisse ici rayonner ce qu’il en est du propre de l’écriture numérique : il en va d’un certain performatif qui s’exprime dans le texte au moment où la lettre apparait à l’écran.
Pourtant, si la seule prise en compte de la dimension rhétorique du discours s’arrêtait là, nous nous en tiendrions à la confirmation du cercle tautologique que l’énoncé primordial impose. Nous nous en tiendrions à une étude raisonnée de la métabole comme simple figure de style spécifique. Nous en viendrions alors à cerner sans a priori ce qu’il en est de sa sémiologie, sa sémanticité, son ontologie etc. Nous aurions comme objectif d’écrire tout un Livre à son sujet. En vérité, en se déliant de l’énoncé primordial précédemment exposé, l’écriture s’apaiserait peu à peu dans les pages-papier se succédant, tenues par la reliure, loin de l’intranquillité con-temporaine à laquelle pourtant son exercice se doit.
Or manifestement, dans l’écriture courante d’un hypertexte,il n’en va pas ainsi : l’écriture se fait.
Le cercle se brise. Les textels se multiplient et se lient sans arrêt de la Base qui les projette du serveur au Réseau qui les reçoit. Ce qui ressort de cet exercice n’est pas la stricte identité d’un discours rassuré qui se borne à un certain nombre de constats, libre de faire état des résultats avantageux de ses recherches et de ses avancées positives. Ce qui en résulte au contraire concerne le devenir inquiet d’une écriture qui se cherche sans cesse dans-et-par-le-changement qu’elle produit. Ce n’est pas qu’il s’agisse d’en arriver à l’établissement d’un énoncé qui tiendrait tous les autres dans une sorte de vérité fondamentale ; il s’agit plutôt d’entendre cet énoncé à partir du principe qui lui donne toute sa relève.
En définitive, il n’est pas acceptable de vouloir parvenir dans la langue à une adéquation qui viendrait accomplir un projet « philosophique » abstrait : celui consistant à s’entretenir doctement de « l’auto-transformation de la lettre » dans l’écriture hypertextuelle contemporaine. Vouloir parvenir en somme à la mise à découvert d’une écriture littérale dont les changements dans les procédés de mise en forme textuelle auraient été effacés. La frontière ne passe pas entre une écriture qui s’en tiendrait aux procédés rhétoriques qui la gouverne (s’adapter aujourd’hui aux contraintes arbitraires de l’écriture sur le web) et un discours qui, au final, en révèlerait toute la vérité littérale (écrire un beau Traité bien construit sur la rhétorique de l’hypertexte dans un livre bien complet). Le travail la concernant met plutôt au centre de son intérêt vital le partage mobile, métabolique, infiniscent qui se fait entre la logique de l’écriture se transformant et la rhétorique en cours qu’elle découvre…
Entre le Textel supplémentaire et le Livre à venir, il est déterminant, avec méthode, de ne pas savoir choisir.
Metablog Journal de l'Hypertextehttp://metabole.typepad.com/jean_philippe_pastor/mediumtrueMetablog Journal de l'Hypertextehttp://metabole.typepad.com/mediumtrueMetablog Journal de l'Hypertexte: métabolehttp://metabole.typepad.com/jean_philippe_pastor/mtabole/page/3/mediumtrueMetablog Journal de l'Hypertextehttp://www.metabole.typepad.com/mediumtrue
L'hypertexte passe par une pensée de l'écriture visée dans l'expression de sa littérarité en acte.
Pour le dire en un mot, il présente l'écriture dans toute l'immanence que sa lettre pourvoie au moment de son inscription. Il semble en effet libérer celle-ci de tous les "signifiés transcendantaux" qui l'occupe inutilement lorsque le texte se donne par habitude à lire dans l'écriture-papier - à savoir pour l'essentiel l'intention de celui qui écrit, le statut du scripteur élevé au rang de l'auteur, la psychologie des intervenants sur le réseau, le message ... le contenu du message, l'idée exprimée, la signification ultime de ce qui est écrit, le sens à retenir etc. L'écriture en réseau analyse et met sans cesse au jour ce que nous pourrions appeler les signifiants littéraux (relatifs à la lettre) des hypertextes ensevelis sous les transcendantaux "littéraires" qui fascinent tant la psychologie de tous les écrivants, la philosophie de l'écriture et l'ensemble de la culture critique dans son ensemble.
Cette libération des signifiants littéraux (car c'en est une !) à la base de l'élaboration des objets textués marque désormais le matérialisme inédit attaché à l'écriture hypertextuelle. L'émergence progressive des hypertextes sur les livres numériques permet d'éviter, lorsqu'on s'en tient à la lettre à leur littérarité, un certain nombre de réductions et de méconnaissances qui auront toujours tendance à resurgir dans les textes dès l'instant où ils se présentent à l'écran (psychologisme sous les formes les plus diffuses, sociologisme appliqué aux réseaux sociaux, thématisme, historicisme etc.).
D'où la nécessité inconditionnelle du travail formel et syntaxique sur les objets textués eux-mêmes.
En suivant cette orientation, il ne s'agit pas pour autant de retomber maintenant dans l'excès inverse. Car une réaction ou une réduction symétriques pourraient maintenant s'imposer: elles consisteraient à isoler sans aucune rigueur méthodologique, afin de l'autonomiser, une spécificité formelle de la littérarité hypertextuelle. Celle-ci aurait à tort une vie et une vérité propres, théoriques ou pratiques dont on ne voit pas quels pourraient être les véritables statuts philosophiques.
Aussi, ai-je proposé, afin d'approcher axiologiquement la condition des objets textués, d'initier l'étude des "phénomènes" de réseaux par un certain nombre de principes capables d'éviter dans la méthode les écueils des positions précédemment évoquées. Il s'agit en priorité de prendre toute la mesure du changement profond de ce que nous expérimentons en ligne quand nous parlons de "phénoménalité" du point de vue numérique. Pour ne pas avoir perçu ce bouleversement dans ce qui correspond à "un phénomène de réseau ", bien des approches ont simplement répété le privilège de la perception et de la subjectivité des acteurs sur la manifestation numérique lorsqu'elle s'actualise sur l'internet. L'autonomie concernant la " Richesse des Réseaux " (Yochaï Benkler) lorsqu'on les comprend du point de vue de leurs règles de fonctionnement spécifiques ou de l'axiomatique qui s'impose à propos des objets qui circulent dans leur structure n'a pas été correctement prise en compte. Il s'agit ni plus ni moins de dépasser la considération du "montrer " ce qui se passe sur les écrans (en empruntant cette compréhension à des concepts tirés d'une sociologie traditionnelle et compassée) par un " laisser se montrer " ce qui arrive sur les moniteurs dans l'originalité de son mouvement; passer de la manifestation d'une certaine socialité communicationnelle (comme Habermas se la représente) à la manifestation de soi à partir de soi du phénomène numérique lui-même.
Cependant, laisser l'effet numérique se montrer en acte dans l'apparence de la page et l'apparaitre comme sa propre manifestat-ion - cela ne va pas de soi. Pour une raison de fond: c'est parce que la connaissance que nous en avons semble toujours provenir d'une cause extérieure à la manifestation que l'effet numérique et les phénomènes qui l'accompagnent ne vont jamais d'eux-mêmes. Ou plutôt, il ne va pas de soi que le phénomène puisse venir seulement de soi, de lui-même, par lui-même, à partir de lui-même, bref qu'il se manifeste dans l'originalité et l'autonomie de son propre changement (métabologie).
Le paradoxe initial dans la méthode lorsque nous abordons la phénoménalité numérique tient donc précisément à ceci: elle prend l'initiative dans le seul objectif de la perdre...
Jean-Philippe Pastor: Jacques Derrida ou le prétexte dérobé / Moonstone << Le mercredi 10 février 1999 - Paris, 17 heures, heure à laquelle le séminaire de Jacques derrida commence au 105 Bd Raspail de l'EHESS - je me suis mis à lire un texte auquel le maître de cérémonie n'avait accordé aucun imprimatur... >>
Ce livre sur Castoriadis (Devenir et temporalité I) interroge les thématiques les plus reprises du grand philosophe, en s'efforçant d'assumer l'héritage de son maître livre " L'Institution Imaginaire de la Société".
La modernité radicale, telle qu'elle s'impose désormais à la communauté citoyenne mondialisée, inaugure pour nos contemporains une attitude tout à fait paradoxale... Télécharger:
Les anciens Grecs ont-ils développé une pensée du devenir (genesis, kinésis, métabole) capable d'interroger et de mettre en défaut l'ontologie traditionnelle jusqu'à Heidegger ? Télécharger:
Vivre à l'époque d'une phase radicale de notre Histoire consisterait à adopter une position paradoxalement inobservable, impossible dans sa forme comme dans son fond... Télécharger:
Hypertextual s'organise comme un Tout textuel dont l'unité dépend de plusieurs modalités littéraires. Ce sont les principes de fonctionnement de l'Hypertexte qui sont ici présentés. Télécharger: