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52 entries categorized "Voyages"

dimanche 26 avril 2009

Qu'est-ce que la mort ?

Aveugle  Ceci est un post destiné à rendre inutile la possibilité d’un autre sur le même sujet.

La mort survient.

Elle est un concept métabologique et non un concept ontologique à la manière heideggérienne dans sa considération du dasein comme être-pour-la-mort.

C’est une métabole (changement véritable) qui affecte les possibles d’une manière telle que la notion de possible en est essentiellement bouleversée. Ma mort est un possible si extrême qu’il annule la possibilité de tous les autres, au point de ne plus se présenter à moi comme une simple modalité (au même titre qu’une autre…).

Aussi, nous ne pouvons rien en dire; comme de tous les concepts appartenant à cette science « métabologique » des transformations qui adviennent dans un monde sans que l’on s’y attende, nous ne pouvons rien dire de la mort : au même titre que n’importe quelle autre métabole, il ne sert à rien de penser la mort ; car la mort n’est pensable ni avant, ni pendant ni après son avènement. La mort affecte les différents modes d’apparition des êtres dans le temps sans qu’aucun phénomène susceptible de correspondre à « la mort » soit ici capable d’une quelconque causalité interne dans le champ unifié de leur apparaître. Il s’agit par conséquent d’admettre une « étiologie » extérieure à la vie des phénomènes sans jamais supposer que la mort soit constitutive de leur être ou de leur mode d’apparition et de constitution dans le monde.

Partons du fait que, s’il y a transformation véritable, le passage d’un phénomène à un autre ne peut pas être un effet immanent d’un étant sur un autre. Cette remarque vaut pour la mort comme pour le reste. Comme l’affirme Anthony Burgess,  « La mort ne rentre dans aucun schéma. Il n'y a pas d'explication à la mort. Elle entre, elle vous arrête au milieu d'une phrase : Non, c'est fini et claque la porte ». De sorte que la survenue de la mort pour un étant quelconque est nécessairement un changement tout à fait extérieur à la schématique qui légifère en matière de modification des phénomènes dans le champ de leur apparition.

Nous devons donc continuer à vivre, comme le soutenait déjà Hegel, dans le mépris de la mort : penser l’existence hors de sa finitude (partout supposée) sans l’éventualité de son intervention. Car elle n’appartient pas au monde. Et pour tous les corps appartenant à l’ordre de la phénoménalité, elle vient toujours d’ailleurs. La source de toutes misères de l’homme, ce n’est pas la mort mais la crainte de la mort (Epictète).

 

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vendredi 17 avril 2009

La rhétorique et le voyage

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Ulysse La rhétorique au sens classique se présente comme une théorie des déplacements, des transports des figures de style dans un texte.

Selon Catherine Malabou dans « La contre-allée », la rhétorique tout entière peut s’envisager comme une théorie du voyage.

La métaphore est le cas tropique le plus familier qui inscrit le détour et le transport en son nom même (métaphore signifie littéralement transport) et ouvre la langue, à même la langue, la condition voyageuse.

Or que peut encore signifier "voyager" dans un espace mondial saturé de géolocalisation électronique ? Que peut encore vouloir dire "écrire" et rendre compte de nos expériences voyageuses dans un monde où la narration n'a plus le ressort de la distance et du temps - et où le lointain a définitivement perdu la séduction que les poètes lui prêtent ?

Par delà nos pérégrinations, nous nous intéressons toujours davantage aux transformations subjectives et objectives que les voyages induisent. Même si les chemins empruntés sont désormais définitivement balisés. Qu’est-ce qui nous transforme lorsque nous partons ? Quels changements se produisent en nos âmes au cours d’un long voyage ? Quelle métabole nous affecte ?

Ulysse est-il vraiment le même malgré les apparences lorsque de retour à Ithaque il tue tous les prétendants ? Les mots pour le dire au terme de l’Odyssée sont-ils encore les mêmes que pour décrire et se figurer la Colère d’Achille au début de l’Iliade ?

 

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samedi 21 mars 2009

Voyage dans l'hypertexte

Une autre idée du voyage; un voyage non odysséique...

Un récit de voyage raisonné, c'est un récit qui filtre les traits prétendument les plus signifiants. Qui les filtre a posteriori. Il met de l'ordre après coup là où il n'y en avait pas, pour en tirer un certain bénéfice, ne serait-ce que celui de l'intelligibilité ou de la simple signifiance.

Un voyage constamment orienté vers la polarité du retour...

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Jean-Philippe Pastor

samedi 30 août 2008

La géopolitique n'existe plus

Sphere Après la deuxième guerre mondiale, qu’annonçait déjà pour l’humanité selon Carl Schmitt la conquête militaire de l’espace aérien et l’équilibre de la terreur qui en procédait?

Une pacification au prix de la fin du politique. La politique disparaît .

Elle n’est plus le lieu de l’affrontement de l’Ami et de l’Ennemi, du Soldat et du Bourgeois, de Terre et de la Mer, du Nihiliste et du Partisan, de l’État et de la Révolution, du Masculin et du Féminin… D’après cette lecture du monde contemporain, la topologie appliquée à la politique devrait permettre de trancher entre les catégories et de ne plus faire varier les frontières. Or pour Schmitt, le droit des gens, européen et continental, a été définitivement bafoué. Ces lignes n’ont plus cours. C’est la raison essentielle qui l’amène à être très critique à l’égard du libéralisme, du constitutionnalisme, du parlementarisme qu’il considère comme autant de stratégies susceptibles de précipiter la décomposition de l’Etat .

  B.L. – Sloterdijk reprendrait à son compte un tel héritage…


Je n’ai pas dit cela. Je dis simplement que l’évocation des sphères et des processus morphologiques réinterpréte toute l'histoire européenne comme un refoulement des expériences topologiques de l’intériorité, des relations de proximité qui ne sonne pas étranger à des oreilles averties…En-moi et sens intérieur forment chez Sloterdijk des relations fortes qui à leur tour déterminent le noyau de ce qu’il appelle la " micro-sphérologie ". Ces atmosphères originaires fondamentales influent sur tout passage vers des domaines plus importants à savoir les contacts extérieurs, les réseaux sociaux et techniques, ainsi que vers les systèmes planétaires globaux. Les métamorphoses humaines qui ont survécu aux différentes cultures internes et qui ont conduit au fil de l'histoire aux macrosphères sollicitent tout particulièrement la réflexion de cet auteur.

B.L. – Or selon vous, seule une analytique de la temporalité permet d’initier une véritable critique de ces points de vue. Orienter le discours en termes topologiques comporte nécessairement certains dangers.


De toute façon, vous vous en doutez, il est tout aussi vain de vouloir faire de l’espace une catégorie susceptible de prendre le pas sur celle du temps que de souhaiter faire l’inverse ! L’essentiel en ces matières est ailleurs. Le concept de " sphère ", emprunté à la géométrie, suggère que la vie, la constitution de sphère, et la pensée sont des expressions différentes pour désigner une seule et même chose. CeSphere1_2tte triple association repose sur l'idée que la vie ne serait au fond qu'une affaire de forme. La sphère dit-il, est la rondeur dotée d'un intérieur, exploitée et fragmentée. Les hommes y habitent dans la mesure où ils parviennent à devenir des hommes. Parce que selon lui habiter signifie toujours constituer des sphères, en petit comme en grand. De sorte que les hommes sont les créatures qui établissent des mondes circulaires et regardent vers l'extérieur, vers l'horizon. Vivre dans des sphères, cela signifie produire la dimension dans laquelle les hommes peuvent être contenus . Ce que j’en retiens pour ma part d'un tel discours, c’est que le temps comme l’espace doivent aujourd'hui se penser autrement que selon les modalités traditionnelles de la logique. L'espace-temps de la mondialité requiert des approches et des attentes inédites. D’une certaine façon, le temps se localise car chaque lieu se comprend dans les termes d’un espace-temps spécifique; mais il n'en existe pas moins un temps mondial. La temporalité ne peut plus seulement se concevoir selon le cycle habituel des naissances et des déclins. D’autres schèmes de sens et de signification interviennent dans les représentations actuelles du temps. De façon concomitante, l’espace déborde l’utilisation des catégories de la topologie traditionnelle (Hegel Marx Nietzsche) mais selon les relations conflictuelles des stratégies mondiales qui inventent technologiquement de nouvelles façons « d’occuper le terrain ».

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Jean-Philippe Pastor

dimanche 17 février 2008

Voyager aujourd'hui

Le voyageur à l'âge du temps réel sur la Terre subit l'inertie paralysante d'un temps radical.

Et il le subit en surplus, et même à défaut, de la gravité qui s'exerce depuis toujours dans l'espace habituellement parcouru. [...]  Les technologies dites « mobiles » sont ici l'emblème, le carrefour d'une nouvelle sorte de mobilité. Le trajet est en effet compris de façon traditionnelle comme une distance balisée par un point de départ et clôturée par un point d'arrivée.Toute mobilité, rappelle Heidegger dans l'étude qu'il consacre à la Physique d'Aristote, est métabolè ex tinos eis ti - Umschlag von etwas zu etwas : la lancée depuis quelque chose jusqu'à quelque chose, et de telle sorte que le second soit après le premier.

Pourtant, si nous assistons sans cesse à l'arrivée des événements qui se succèdent sans discontinuer sur les écrans, on ne sait plus depuis longtemps d'où ils proviennent. Le principe du trajet et du développement qui les oriente n'a d'autre axe moteur que lui-même. Aucune autre coordonnée que le mouvement autonome du mouvement sur lui-même, sans départ et sans arrivée -  puisque l'arrivée qui survient ne peut plus se définir par le moment structurant  d'un point initial. De telle sorte également que le second ne vient plus nécessairement après le premier.

Une métabole des tard-venus, hystérologique, à part le centre référent de l'inertie gravitationnelle qui définissait encore voici peu, le mouvement des choses communes autour de nous..

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  • mercredi 06 février 2008

    French theory

    Chute_plume_mtabole_1

    Dans la mesure où en France le concept  est un objet variatif, il est facile pour l’empirisme anglo-saxon de considérer la french theory comme une pensée sans cesse en déclin, en perpétuelle décadence ; de voir en somme les objets culturels français comme des objets en chute libre continue.

    A peine un français se met-il à écrire qu’il est déjà dépassé : d’ordinaire, la chute a lieu une fois et c’est fini ; ici s’agissant de la fin, elle dure, se répète, insiste, se multiplie… imminence suspendue, désir de la chute et …perpétuation de l’espèce.

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  • dimanche 02 décembre 2007

    Le jet détonnant

    Le fait d'être jeté chez Heidegger, d'être en déreliction, n'induit pas pour le dasein une perte de repères complète. Au contraire, le dasein est comme rassurré par ce jet dans une communauté, une vie dont il sent toute la condition habituelle dans le fait  en réalité "inauthentique" d'être là sous cette formeChute_amour_double .

    Derrida insiste au contraire sur le caractère détonnant du jet...

    Notamment dans l'approche qu'il donne des textes d'Antonin Artaud.

    Le schème de ce qui est jeté s'identifie chez lui au projectile qui détonne, qui explose comme la foudre. C'est tout à fait manifeste dans son analyse du subjectile ayant nécessairement un rapport avec ce mouvement du jeter. Avant le sujet, avant l'objet, avant l'être lui-même, il y a cette projection, ou cette jetée. Détonnante?

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    mercredi 07 novembre 2007

    La mariée de Duchamp est ailleurs

    70106_duchamp_nude_staircase Dans la perspective classique telle qu’elle est mise au point à la Renaissance, tous les chemins parcourus par le regard conduisent vers un point exact et prédéfini.

    En ce sens, l’esprit est dès la source totalement piégé et ne peut attendre de la suite qu’une errance dans l’attention, du premier plan à l’arrière plan - notre esprit ne formulant aucun choix véritable compte tenu de la programmation visuelle établie et mise au point par l’artiste.

    Dans la démarche autonome et métabologique de Duchamp, le temps semble au contraire traverser la toile. Il se manifeste sans contraindre l’esprit à s’adapter à la vision d’origine de l’oeuvre. La peinture de Duchamp est d’emblée réflexive, le sujet n’est un objet mais le dépouillement même de tout objet : en définitive un nu qui tente de penser son propre mouvement. La mariée est donc dotée de quatre dimensions, alors que les célibataires n’en ont que trois : la femme flotte au-dessus de la suite, dans son propre monde. Indépendante. Et ceci sans aucun mouvement translationnel, sans modification locale apparente.

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  • dimanche 04 novembre 2007

    Mouvement hors de toute phénoménologie

    Danse_meurtre_noir

    Le mouvement se délivre désormais de toute subordination à un temps ou une durée quelconque. Il devient un mouvement en lui-même et pour lui-même.

    De sorte qu'il devient un mouvement radical, vide et pur. Il ne peut plus etre mesuré par un temps quel qu'il soit - car il ne s'identifie plus dans ses multiples formes à un mouvement-translation.

    Devant l'émancipation totale du temps cessant de se conformer dans les temps modernes à un temps cosmologique ou psychologique, on a pu croire que le mouvement allait désormais complétement se subordonner à la temporalité - alors qu'il était classiquement depuis les Grecs l'ordre capable d'arraisonner le temps.

    Mais il a montré depuis lors qu'il ne pouvait se comprendre que par lui-même. Totalement delié du temps, non seulement detaché de toute phénoménologie destinée à le circonscrire mais investissant au contraire une métabologie rationnelle du Temps.

    Le temps est avant tout imaginaire; et devant l'extrême diversité des attendus et inattendus qu'adopte le mouvement, on ne voit pas comment la temporalité, forme imaginaire par excellence pourrait subordonner la transformation dans le monde...

    temps/mouvement   ~  phénomélogie/métabologie

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    vendredi 15 juin 2007

    L’acte de citer n’a pas d’objet

    Vue_brueghel_peinture Le template de l’hypertexte exhibe non pas l’objet cité mais l’acte de citation en lui-même : il rend manifeste la « convocation » de l’extrait emprunté au même titre que sa présentation dans un ensemble changeant. Le passage utilisé est voué à la disparition dans l’écriture contemporaine.

    Dans le domaine pictural, on trouve déjà de puis longtemps de tels procédés. Par exemple, dans l’Allégorie de la vue de Jan Brueghel l’Ancien et de Rubens, la femme nue qui représente la Vue est à elle seule, dans la scénographie du tableau, une citation. Ce n’est pas tant la représentation du personnage qui importe mais le fait de convoquer par sa marque un autre chef d’œuvre dans la construction de la peinture, à savoir « l’Allégorie de la mélancolie » de Dürer.

    De même, les tableaux encadrés sur les murs semblent fonctionner comme des citations conjointes dont on interroge aussi la convocation par Brueghel, alors que, paradoxalement, la plupart d’entre eux sont des pastiches ou des œuvres inventées pour la circonstance, plongeant l’esthète dans la controverse et la contrariété : nous avons là un superbe renversement des effets – la vraie citation passant pour la figuration première du tableau, alors que les évocations secondes sciemment représentées s’avèrent purement imaginaires.

    Le template est donc nécessaire pour mettre en œuvre de tels effets, au point qu’il organise la croyance en l’existence de renvois et de citations là où il n’y a en a pas.

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